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lundi 14 octobre 2013

CONGO-BRAZZAVILLE: PÉTROLE ET PROTECTION DU PATRIMOINE ECONOMIQUE DE L’ETAT

INTELLIGENCE ECONOMIQUE

CONGO-BRAZZAVILLE 
PÉTROLE ET PROTECTION  DU PATRIMOINE ECONOMIQUE DE L’ETAT

Par Patrice PASSY 
Conseil en Intelligence Economique 


Qu’est-ce que c’est la guerre économique ?

Prenons le cas de la Libye et de l’Irak, dans ces deux cas, les interactions entre guerre et économie ont produit une dynamique favorable à la fois à la puissance militaire (test grandeur nature de nouvelles armes et tactique de combat) et à la richesse nationale (nouveaux marchés, nouveaux contrats, main basse sur l’économie des vaincus). Nous pouvons dire dans ces deux cas, que la guerre a été au service de l’économie, mais aussi l’économie a structuré et organisé la stratégie de la conduite de la guerre.

Pour le dire d'une autre façon, la guerre économique semble se dérouler sur trois étages :
  • Il s'agit d'abord de produits : gagner des marchés, se procurer des biens nécessaires dans de meilleures conditions, mieux produire et vendre…
  • Il s'agit ensuite de règles : imposer son code y compris sous la forme de normes juridiques internationales ou sous celle de normes intériorisées par les acteurs
  • Il s'agit enfin de promouvoir des images (images de ses entreprises, de son pays, de sa culture, de valeurs  qu'il évoque et incarne) ou des images négatives du concurrent
  • Or ceci se fait par deux moyens combinés : ceux qui ressortent à l'autorité de l'État (sa faculté d'obtenir de l'obéissance sans avoir à verser de contreparties ou sans employer visiblement la force ou la menace), des moyens d'influence qui agissent sur la vision de la réalité que se forment des dirigeants ou des populations. Pour en savoir plus... http://www.huyghe.fr/actu_694.htm 
Pétrole Congolais et guerre économique

La notion de guerre économique se conçoit dans le contexte congolais, comme un tissu d’affrontements économiques entre les multinationales qui sont les bras séculier des puissances économiques dans les rapports marchands mondiaux et les intérêts de l'Etat Congolais. Car, si en cas de guerre les Etats ou les alliances d’Etats se font la guerre jusqu’à la victoire totale, les entreprises, quant à elles, peuvent être tout à la fois concurrentes et partenaires. Dans ce contexte d’affrontements économiques exacerbés, le Congo aiguise depuis la fin des années 90, l’appétit des majors pétroliers. Sa position géostratégique fait de lui  un pivot stratégique dans le Golfe de Guinée. L’arrivée de la Chine pays faisant partie du BRICS dans les rapports économique entre le Congo et le monde extérieur donne à la guerre économique qui se déroule dans le Golfe de Guinée, une intensité particulière au Congo-Brazzaville. Sauf que les Congolais subissent cette guerre sans toujours prêter attention aux subtilité de celle-ci, ni ne disposent d’outils et méthodes de traitement et gestion des situations induites. Cette guerre est bien réelle puisqu'elle a déjà causé beaucoup de morts et de troubles politiques et économiques partout dans le monde. 

En 2013, le Congo-Brazzaville est donc au centre de la nouvelle géopolitique pétrolière et des stratégies de développement des majors. La cherté du baril brut et la nécessaire diversification des sources d’approvisionnements donnent à Pointe-Noire,  une importance stratégique de premier ordre. Nous ne pouvons continuer à être les spectateurs de cette lutte violente pour le leadership mondial, sans amorcer une réflexion-action profonde au niveau des structures de décisions de l'Etat. Nous regrettons que depuis l’indépendance, plusieurs partenariats interentreprises ont été réalisés ainsi que des politiques de coopérations mises en place ou imposées, avec pour objectif principal: acquérir les matières premières congolaises aux prix fixés par l’acheteur.

Comment cela a-t-il été possible ?

Si je peux me permettre de résumer la structuration de ces mécanismes, je m’exprimerai ainsi : aux malformations congénitales des suites d’une « œuvre de civilisation » à tâtons (la colonisation) et d’une décolonisation bâclée, c’est-à-dire structurellement non préparée, s’ajoutent les handicaps institutionnels congolais que renforcent les handicaps culturels. 

Handicaps institutionnels

La myopie stratégique de l’Etat 

1 Il eût fallu d’abord que l’État congolais construise une doctrine : qu’il identifie les intérêts économiques et scientifiques majeurs du Congo, puis qu’il mette en place les outils destinés à leur promotion et à leur défense. Nous n'avons pas développé ce qu'on appelle une culture stratégique dans tous les domaines de souveraineté de l'Etat en 52 ans d'indépendance, malgré nos diplômes.
   
   Il eût fallu ensuite que les administrations publiques soient conduites, voire contraintes, à collaborer entre elles, que l’information circule de manière horizontale et non exclusivement de manière verticale. Que les cloisons en somme disparaissent (le fonctionnement en silos), et que s’atténuent les rivalités et les jeux de « corps » et les tribus afin qu’apparaissent et se développent une gestion en réseaux d’intérêts transversaux et une connivence nationale d’intérêts divergents et convergents entre les centres d'intérêts.
  
  Les pouvoirs publics s’arrogent le monopole de la défense de l’intérêt général ; les entreprises dénoncent de leur côté l’incapacité de l’État à comprendre les réalités du marché et la psychologie de ses acteurs… Et méconnaissent les atouts des entreprises en tant que levier fondamental de croissance et de développement économique.
       
   L’impulsion politique n'a jamais été une tendance lourde et puissante, pour favoriser les convergences d’intérêts entre le secteur public et le secteur privé.

    L’État n’a jamais défini ni les secteurs d’activités stratégiques en termes de souveraineté, d’emplois, d’influence –, ni nos besoins technologiques s’y rattachant, et n’a toujours pas rendu public, les forces et les faiblesses de la recherche et des industries congolaises dans les dits secteurs.
    
     Handicaps culturels
  • Nos élites, issues de la fonction publique ou de l’entreprise, n’ont été formées que superficiellement aux transformations de notre environnement économique international, aux complexités du monde la finance et des économies dominantes. Les décisions des pouvoirs publiques sont souvent aveugles, et quand elles ont la chance d'exister, elles ne sont le fruit que d’une accumulation d’opportunités et d'opportunismes.
Comment protéger le patrimoine national de l’Etat ?

Un état des lieux des vulnérabilités congolaises en 2013, relatif à la protection du patrimoine économique congolais, nous aidera à mieux définir le périmètre des intérêts stratégiques de l'Etat à défendre et à valoriser. 
     
Analyse de l'existant
  • Méconnaissance du rôle de l’Etat dans la protection du patrimoine immatériel de l’Etat
  • Non maîtrise des concepts sur l’Intelligence Economique
  • Promotion des intérêts économiques insuffisante dans le monde et au Congo
  • Insuffisance de la réglementation (droit des affaires, droit du commerce, coopération interentreprises, contrôle des investissements, droit du secret, périmètre stratégique de l’Etat, etc…)
  • Absence d’un environnement favorable à l’émergence d’une offre de services privés aux entreprises dans le domaine de l'audit, le conseil, le lobbying, l’Intelligence Economique
  • Absence d’une réflexion nationale sur l’Intelligence Economique, le périmètre stratégique des intérêts de l’Etat, les pôles de compétitivité économique, la nouvelle économie et ses risques pour l'Etat congolais
  • Manque de cycles de formation
Conséquences dans les rapports entre les acteurs économiques et le marché captif (l’Etat)
  • Difficultés d’accès à l’information à haute valeur ajoutée
  • Incohérence des bases d’informations (Présidence, gouvernement, ministères, organismes publics, chambres de commerce, ambassades, etc…)
  • Absence de sensibilisation et d’information sur  les enjeux et le rôle de l’information dans l’entreprise et les organismes de proximité
  • Manque de formation des techniciens et des cadres sur les métiers de souveraineté (conseil, audit, négociations, expertises pointues)
  • Persistance des intérêts divergents entre l’entreprise privée et les institutions publiques
  • Manque de cohésions des équipes au sein des entreprises
  • Manque de coordination opérationnelle des stratégies et mesures d'accompagnement
  • Absence d’organisation et de management des priorités économiques par projet
Cela fait peser plusieurs menaces sur le Congo-Brazzaville, je n’ai répertorié trois (liste non exhaustive) :

Les menaces financières

        L’OMC dont l’objectif consiste à favoriser le libre-échange, prévoit la possibilité pour les Etats de se doter de dispositifs spécifiques afin de préserver les intérêts essentiels de leur souveraineté. Ces dérogations aux principes du libre -échange figurent aussi dans les statuts du FM
I
Que constatons-nous au Congo-Brazzaville dans la préservation des intérêts essentiels de sa souveraineté :
  • Inexistence d’une loi sur les relations économiques extérieures
  • Absence d’un cadre juridique, fiscal, financier, universitaire clair et précis favorisant et accompagnant  la mise en œuvre des pôles économique, industriel, technologique, informatique, universitaire…
  • Absence d’un concept sur les entreprises stratégiques au Congo
  • Vulnérabilité du capital des entreprises congolaises classées stratégiques
  • Insuffisance des contrôles de certains investissements internationaux
  • Imperfection du dispositif réglementant les relations financières avec l’étranger
Les menaces juridiques
  • Le secret économique n’est pas suffisamment garanti
  • Le secret des affaires n’est pas du tout bien compris, ni préservé
  • Une gestion malhabile de contraintes juridiques internationales
  • Absence d’une loi assurant la protection des entreprises nationales et des particuliers contre le vol du secret d’affaires
  • La cohérence et l’efficacité de textes de lois restent imparfaites
  • Absence de loi sur le crime économique, la fraude économique, l’espionnage économique, le commerce électronique, etc…
  • La coopération inter-entreprises est rarement en faveur des nationaux
  • Des entreprises sont parfois victimes de procédures judiciaires étrangères
Quelles sont les failles congolaises qui profitent à l’extérieur dans la conduite de cette guerre :
  • Manque de patriotisme national
  • Manque sécurité juridique, fiscale et des affaires
  • Gestion malhabile de l’intelligence des affaires
  • Environnement des affaires jugé peu fiable
  • Faible industrialisation
  • Faiblesse de l’investissement privé direct
  • Insuffisance des infrastructures routières et portuaires
  • Faiblesse des communications
  • Main d’œuvre peu qualifiée
  • Intégration régionale balbutiante
  • Pouvoir d’achat des congolais dérisoire
  • Filière agricole traditionnelle non valorisée
  • La faible estime des Congolais de leur propre pays  
Rôle et enjeu de l'intelligence économique dans ce contexte

L’intelligence économique peut nous aider – État, entreprises, collectivités territoriales, associations et fondations – à promouvoir collectivement nos intérêts dans les nouvelles enceintes de régulation et de normalisation. L’intelligence économique ne coûte rien, ou pour ainsi dire, pas grand-chose : son efficacité repose sur celle des réseaux, des circuits de l’information, sur la mobilisation des pouvoirs publics, l’élimination des conflits de chapelle et des cloisonnements, sur beaucoup de méthodes. Sur la valorisation aussi de celui qui donne l’information et non de celui qui la retient, sur la compréhension par les administrations publiques des enjeux de l’entreprise et, pour l’entreprise, des priorités de l’État et donc de la Nation.                   Bernard Cayron

QUE PEUT FAIRE POUR LE CONGO AVEC SON PÉTROLE ET SES MOYENS LIMITES ?

Voici nos quatre axes de notre démarche d'Intelligence Economique

Les prérequis

Sécurité économique : Une mutation de l’Etat à accomplir avant 2014
  • Stratégie nationale et départementale de sécurité économique est nécessaire, nous proposons le création du Conseil National de Sécurité Economique
  • Une organisation des textes est obligatoire mais progressive avant 2014
  • Définition d'un périmètre stratégique de l’économie congolaise dans le cadre d'un comité interministérielle de sécurité économique en 2014
Axes de la démarche

Axe 1 - De la Défense Nationale à la Sécurité Economique
  • N.B : Du fait de la complexité des interactions entre les différents départements et de la sensibilité de la question au Congo-Brazzaville, il est indispensable d’adopter la stratégique des petits laboratoires de  manière itérative avec comme mode opératoire le management par projet, en proposant pour chaque axe un « root », première approximation qu'on affine au fur et à mesure que s’accroît notre compréhension du périmètre stratégique de l’économie et des intérêts identifiés.
Axe 2 - Une stratégie nationale et départementale de sécurité économique est nécessaire

Principe : L’Etat doit agir par la commande publique, un nouveau cadre juridique doit remplacer les règles actuelles, obsolètes et inadaptées de passation des marchés publics.
  • Définir une stratégie nationale de sécurité économique
  • Conseiller le Président de la République sur les politiques économiques nationales et internationales
  • Définir les orientations de la politique menée dans le domaine de la sécurité économique et d’en fixer les priorités
  • Assurer la cohérence et la coordination des actions menées par les différents pôles et ministères
  • Procéder à la revue des projets annuels et l’évaluation des exécutions, enfin veiller à l’adéquation des moyens mises en œuvre
  • Soutenir la conquête du marché intérieur et extérieur
 Axe 3 : Une organisation des textes est obligatoire mais progressive au Congo avant 2014

·         L’on ne change pas la société par décret. En revanche, le droit peut et doit être changé ou réadapté par la société ou l’Etat et ce chaque fois que le besoin se fait sentir à l’occasion d’une évolution technologique, d’une découverte scientifique ou de l’évolution des rapports économiques mondiaux. L’évolution du droit doit aller de pair avec les processus économique, social, politique, commercial, culturel, idéologique, etc. Un droit qui ne correspond plus à la situation économique à laquelle il s’applique est un véritable frein à la compétitivité économique, au progrès et au développement économique, commercial, politique, culturel, humain.

Axe 4 : Les quatre laboratoires en vue d’une définition d'un périmètre stratégique de l’économie congolaise en 2012 par le comité interministérielle sur la sécurité économique

Les quatre laboratoires

Root 1 : Dimension stratégique
  • Etat des lieux des intérêts stratégiques nationaux
  • Analyse stratégique du contexte et de l’environnement actuel du Congo
  • Définition d’une stratégie globale et transversale de sécurité économique
  • Définition d’un périmètre stratégique de l’économie nationale
  • Proposition d’un cadre législatif et d’un cadre référentiel
Root 2 : Dimension opérationnelle
  • Mettre en place une cartographie décisionnelle et informationnelle de chaque entreprise, organisation, institution…
  • Disposer d’une cartographie des besoins des entreprises et des compétences disponibles
  • Créer une direction centrale de contact et de soutien aux entreprises
  • Créer une bourse de compétences congolaise de la diaspora
  • Organiser un guichet unique d’information stratégique à haute valeur ajoutée
Root 3 : Cœur national stratégique
  • Sensibiliser les décideurs politiques, économiques, les PME congolaises aux nouvelles pratiques de la compétition internationale
  • Fédérer les institutions nationales autour d’une démarche de compétitivité économique, recherche et développement, d’Intelligence économique, cohésion nationale et non cohésion tribale
  • Développer les axes de développement selon les compétences congolaises et les ressources disponibles
  • Professionnaliser les entreprises stratégiques à la culture du partage de l’information stratégique
  • Organiser les réseaux institutionnels de connivence d’intérêts
  • Développer de nouveaux paradigmes autour des notions : cohésion nationale, Nation Congolaise, tribu, vivre et agir ensemble, Unité Nationale, développement de l’homme congolais etc…
  • Sensibiliser les cadres à la gestion en contexte international des problématiques interculturelles pour toute communication, négociation, partenariat et mission à l’extérieur.
Root 4 : Dimension prospective
  • Organiser la réponse de l’Etat par projet stratégique à définir selon les besoins et priorités
  • Créer des lieux de pollinisation mutuelle sur les thèmes suivants : Analyse stratégique, intérêts congolais, lobbying, transfert de connaissances, intelligence économique…
  • Réfléchir sur la stratégique de développement économique et la cohésion sociale
  • Organiser nos connaissances et surveiller les variables économiques a effet direct et indirect sur l'ensemble de l'économie congolaises.
Patrice PASSY
Directeur associé de DB CONSEILS
  • Consultant - formateur en Gestion des problématiques interculturelles à DGC - MBA 1 & 2
  • Intervenant à lISEAM 3ème cycle / Msa 2 en Intelligence économique et compétitivité  de lentreprise
13 ans dexpérience internationale (Paris, Bruxelles, Shanghai, Vienne, Johannesburg, Abidjan, Brazzaville, Cotonou, Kinshasa, Dakar, Douala….)

Consultant-formateur en entreprise 
Conseiller d’acteurs politiques en Afrique Centrale 

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