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mercredi 5 septembre 2012

LE SILENCE DES PEUPLES AFRICAINS ACCÉLÈRE L'USURE DES DICTATURES

INTELLIGENCE SOCIALE ET INTELLIGENCE CULTURELLE
Les effets secondaires de la mondialisation en Afrique francophone : L’USURE DES DICTATURES et DES DÉMOCRATIES IMPORTÉES
 
Le communisme de mouvement

Au-delà des frontières, par-delà les doléances spécifiques de chaque jeunesse, de chaque peuple d’Afrique francophone, dans chaque pays : un même cri - LE PAYS VA MAL
 
CE PAYS QUI VA MAL veut simplement dire que ces « sans voix » veulent trouver une voix, une voie, un espace. Ces peuples d’en bas réclament une vision à l’élite politique devenue aphone, illisible et sans stratégie du futur. Ils réclament un avenir pour leurs enfants. Ces « sans espoirs » exigent un changement c’est à dire un espoir, une vie meilleure, des solutions aux sept faims des peuples d’Afrique francophone. De Dakar à Libreville, il y a maintenant dans les campagnes, dans les villes, les universités, les armées, les entreprises, au sein même du pouvoir, dans l’opposition, dans le peuple, un fait social que j’ai nommé : LE SILENCE.
 
En écho ou en réponse AU PAYS QUI VA MAL, il y a un SILENCE. Observez chers internautes, tendez l’oreille, y a-t-il un bruit, une clameur, une révolte, un sit-in, un mouvement de protestation, des bruits de bottes, un vent de liberté, non, rien, mais rien du tout… Il y a eu un printemps arabe, il y a en Afrique francophone, depuis 20 ans, la saison du silence. 
      
UN SILENCE lourd, indescriptible, grandissant et rampant avance, en passant le message à tous les peuples de la zone franc: LE PAYS VA MAL. Près de 70% de pauvres dans la zone franc, aucune université de classe mondiale ou simplement sous-régionale, aucune banque ne rivalise avec les banques nigérianes, sud-africaines ou marocaines, 6 des 20 pays les plus pauvres de la planète sont de langue française, aucun pôle de compétences, aucune dynamique industrielle malgré le pétrole… Mais cette zone détient le triste record au monde, du taux de mort violente le plus élevé au monde de chefs d’État tués en plein exercice du pouvoir…continuer la liste est cruel. 
LE PAYS VA DONC MAL. Au cœur même de ces dictatures, de ces régimes démocratiques, les pauvretés ont essaimé : le communisme de mouvement. 
 
Pour un peuple dont le pays va mal, le communisme n'est pas un état de choses qu’il convient d’établir, un idéal auquel la réalité devra se conformer. Le peuple appelle communisme de mouvement, le mouvement réel qui abolit l'état actuel des choses. Les conditions de ce mouvement résultent des données préalables telles qu’elles existent actuellement. « L'Idéologie allemande, Karl Marx et Friedrich  Engels », éd. La Pléiade, Œuvres, 1845, t. 3, p. 1067. Cet espace public d’expression, par lequel ce blog me permet de vous proposer cinq idées majeures (la première a été sur le rôle de la QUESTION), qui constituent les leçons du communisme de mouvement. Bien entendu vos enrichissements sont souhaités, recommandés et attendus. Il ne s’agit pour moi en l’occurrence, que d’exposer les grandes lignes, les développements interviendront au cours de nos conversations stratégiques.

1- De l’obéissance passive des peuples avec la dictature à l’obéissance active des jeunes africains 
 
La mondialisation et surtout la « diplomatie de connivence » au niveau mondial a ses effets induits depuis 2010 en Afrique francophone. L’effet le moins visible, mais le plus structurant de la mondialisation sur le plan politique est l’usure des dictatures et de la démocratie conditionnée . En 2012, il n’est plus bon ton d’être un homme fort, un tortionnaire, un despote. Nous sommes dans un village planétaire où la maîtrise de l’image et de sa communication politique du fait de l’information sans frontière deviennent un enjeu stratégique. Tuer des masses n’est plus sans conséquences. Affamer son peuple, disposer de biens mal acquis, ne pas être à la hauteur des circonstances, ne participe plus, en 2012, à la bonne image d’un  homme fort. Cela calme les ardeurs des acteurs politiques pour qui ôter la vie de l’autre n’est qu’un jeu d’enfant. La violence brute pour réprimer toutes expressions populaires n’est plus le bon réflexe à avoir devant la face du monde. Ce qui nécessite de changer de logiciel dans la brutalité et de développer dans un délai court un « logiciel moins sanguinolent » et surtout une lourde capacité d’élever son intelligence politique et de valoriser de nouvelles valeurs humaines. 
 
Or un système sans réelle contradiction, c’est-à-dire un « système fort », malgré ses apparences, reste fragile. En effet, vus du peuple les « démocraties à l’africaine » ou les « régimes forts » apparaissent souvent invulnérables. Les services de renseignements, la police, les forces militaires, les prisons, les milices et les escadrons de la mort sont sous le contrôle d’un petit nombre de personnes puissantes. Les finances d’un pays, ses ressources naturelles et ses capacités de production sont souvent arbitrairement pillées par l’homme fort du régime qui s’en sert pour satisfaire sa volonté. En comparaison, les forces démocratiques d’opposition apparaissent souvent extrêmement faibles en plus de leur manque de conviction, de culture et stratégie politique, inefficaces et impuissantes. Ce sentiment d’impuissance face à l’invulnérabilité du système, vu du peuple, rend improbable l’émergence d’une opposition efficace. Les faibles d’esprit (les fameux opposants) se complaisent dans « une opposition par le ventre ». Mais les apparences d’un régime fort ne suffisent plus, il suffit de changer de lunettes de lecture (Tunisie et Égypte par exemple) et d’élever enfin la réflexion-action en allant plus loin…
 
Pourquoi aller plus loin ?
 

Parce qu'en réalité les régimes forts sont en fait des « régimes gruyère » c’est-à-dire truffés de faiblesses, les plus récurrentes sont les suivantes: 
  1. L’analyse de ces systèmes politiques a prouvé que tout système qui dépasse 10 ans de gestion du pouvoir, s’installe dans la routine et perd sa capacité à s’adapter rapidement à de nouvelles situations. 
  2. Le personnel et les ressources qui sont affectés à des tâches existantes peuvent avoir du mal à se rendre disponibles pour de nouveaux besoins. 
  3. Le béni oui-ouisme a pour conséquence la mauvaise circulation de l’information, la diffusion-rétention de l'information. Par crainte de déplaire à leurs supérieurs, des subordonnés peuvent ne pas rapporter les informations précises ou complètes dont les « hommes forts » ont besoin pour prendre des décisions. 
  4. 10 ans, 20 ans, 30 ans après les exigences et les effets des politiques antérieures du régime peuvent limiter quelque peu sa capacité à s’engager de nouveau dans des politiques conflictuelles. D’où les pratiques comme le clientélisme, le népotisme, le trafic d’influence, etc…
  5. L’idéologie ou disons la base justifiant ce régime s’érode toujours avec le temps, les mythes et symboles du système deviennent ainsi  instables. 
  6. La détérioration de l’efficacité, la non valorisation des compétences et la lourdeur de la bureaucratie, ou des contrôles et règlements excessifs, peuvent rendre inefficaces les politiques et les opérations du système. 
  7. Sans oublier l’impact des conflits institutionnels internes, des rivalités ou hostilités personnelles pouvant nuire au fonctionnement du régime fort ou même la déstructurer.  
  8. Le peuple déçu et mécontent en général est devenu, au fil du temps, indifférent, sceptique, ou même hostile à l’égard du régime. Ce mécontentement est souvent exacerbé par les différences que la gestion du pouvoir étalent au grand jour deviennent des sources de rejet. Ces différences sont de classes, tribales, et générationnelles ou du fait de la région d’origine.
  9. 10 ans, 20 ans ou 30 ans de gestion de pouvoir, il y a des milliers de décisions prises par si peu de personnes dans la gestion de la cité sans contre-pouvoirs, sans contrôle véritable et démocratique, cela expose aux erreurs de jugements, de politiques et d’actions.
  10. Pour éviter ces dangers, le régime fort décentralise les contrôles et les pouvoirs de décision, car il ne peut faire autrement, il perd ainsi lentement de sa maîtrise sur les leviers centraux du pouvoir au bout de 10 ans, 20 ans ou 30 ans.  
La seule faiblesse du peuple est le manque d’information, d’où le rôle central de la gestion de l’information dans le silence. Si le peuple pouvait aller plus loin pour mieux voir et comprendre au-delà des apparences (force militaire, l’unité de façade, les promesses…) en disposant d’une bonne information de la réalité du pouvoir, il chercherait à exacerber ces « talons d’Achille » afin de changer radicalement le système ou de le désintégrer. N’oubliez pas que pour le peuple dont le pays va mal, le communisme de mouvement n'est pas un état de choses qu’il convient d’établir, ni un idéal auquel la réalité devra se conformer. Le communisme de mouvement signifie pour eux, le mouvement réel qui abolit l'état actuel des choses. La désobéissance civile quant à elle, pour les fanatiques de la comparaison, ne prône pas le renversement du système, mais sa « correction ». La guerre civile n’a jamais apporté le changement du système souhaité par le peuple, juste un remplacement des cupides par d’autres hyper-voraces.
 
Les masses qui portent les vrais basculements politiques sont toujours jeunes. Quand un pays atteint un taux d’alphabétisation élevé, quand une société commence à pratiquer le contrôle de naissance, quand la permanence des faims, développe dans le peuple une bonne dose d’initiative privée, il y a un moment où les mécanismes d’autorités s’effondrent. Les fils savent lire, contrairement à leurs pères, les rapports entre hommes et femmes se modifient. Les jeunes sont donc porteurs de toutes les modifications culturelles liées au mécanisme de transition démographique et politique. Le silence organisé et structuré doit porter cette information de la réalité du pouvoir aux jeunes, à travers la « technique du parasite ». La jeunesse a été un élément moteur dans le départ des présidents Sénégalais d’Abdoulaye WADE, et Tunisien, Ben ALI…
 
La jeunesse africaine francophone est arrivée à un constat : les systèmes politiques (dictature, démocratie) ont failli lourdement et sont créateurs d’injustices, d’instabilités et de vulnérabilités. Il y a certes une demande démocratique de la jeunesse qui réclame des réponses urgentes aux thématiques sociales, un avenir clair et bien fléché. Mais est elle bien consciente que la démocratie importée ou conditionnée, confrontée à la réalité de l’exercice du pouvoir en Afrique francophone, a montré très tôt ses limites.
 
Face à ces limites, dans un pays qui va mal, au manque d’espace d’expression, à l’absence de voix, d’expression et de vitalité les peuples d’Afrique dans le SILENCE de leur réflexion, de leur patience, de leur faim se posent actuellement quatre questions :
  1. Le silence peut-il être un moyen pertinent pour changer la donne dans les démocraties de façade ?
  2. Y a-t-il des formes de résistances possibles et nécessaires dans une démocratie de façade ?
  3. Pourquoi les élites au pouvoir ont-elles peur de la démocratie lorsque celle-ci exige de respecter pleinement le choix de chaque citoyen ? 
  4. Peut-on penser le désordre comme vecteur d’une réelle démocratie endogène ? 
Premier étage du communisme de mouvement 

La méthode : LE SILENCE 

M01: Le silence « Parle si tu as des mots plus forts que le silence, ou garde le silence. » d’Euripide
 
Le silence constaté par tous les africains face aux « régimes dits démocratiques » est la plus grande révélation des "sans voix" en cette période de marchandisation croissante de TOUT en politique. Plus rien ne compte dans ces démocraties importées, si ce n’est que l’argent, le paraître et le béni-oui-ouisme. L’argent facile (rente, prostitution politique, intrique, montage financier bidon, corruption généralisée etc. Continuer la liste est cruelle… !). Vous l’avez compris, nous sommes dans l'univers du moindre effort dans lequel, le sens des valeurs a été inversé, la culture de l’immédiateté, la culture du pesa ga (donne-moi), la culture de la main tendue, la culture de la facilité (sexe, argent et pouvoir) a vite eu raison du sens du service public, du sens de la parole donnée, du sens de l’effort, de la loyauté, du courage politique, du respect de ses convictions, du patriotisme économique, de la fraternité, de l’amour de soi. Ce qui est choquant c'est de constater que même l'amour de son propre pays  a disparu de l’intelligence politique de l'élite. Saviez-vous qu’il n’y a plus d’adversaire politique en « démocratie à l’Africaine », il n’y a que des ennemis parce que vous commettez l'impensable, à savoir : penser autrement. Or en Afrique francophone dans le silence de son courage, un ennemi, on le tue, pardon…disons on le neutralise. Le respect de l’autre peine à s’ériger en valeur, ainsi que la vie de l’autre et du respect de  ses opinions. 

Les raisons du silence du peuple
Choqué, vilipendé, moqué, trahi, méprisé, tenu à distance par cette élite qui se croit tout permis, le peuple s’est muré dans le SILENCE. Car habile est le peuple qui garde le silence, ce silence nous le savons angoisse sérieusement l’homme politique. Face au silence, le politique se pose depuis le début des années 90, la question suivante: « On étouffe les clameurs, mais comment se venger du silence ? » Alfred de Vigny. 
 
Pourquoi ?
 
Parce que, malgré leur force apparente, tous les régimes forts ont des faiblesses, des inefficacités internes, des rivalités personnelles, ethniques, des inefficacités institutionnelles et des conflits entre organisations et services. À la longue (10 ans, 20 ans, 30 ans au pouvoir), ces faiblesses tendent à rendre le régime moins efficace, moins réactif et plus vulnérable aux changements ou à une résistance délibérée. Ces régimes forts ne réussissent plus à accomplir tout ce qu’ils veulent. Ceci ne signifie pas que le communisme de mouvement va se réaliser sans risques et sans victimes humaines. Tous les types d’entreprises libératrices entraînent des risques.

Les nouvelles batailles à mener vont être gagnées faute d’armes et de moyens par le SILENCE. Gandhi[1]  a utilisé la non-violence comme moyen de vaincre la violence du colon britannique, il est TEMPS de faire du silence organisé et structuré, une arme de changement dans le communisme de mouvement. La défiance politique est la tactique souvent utilisée par les oppositions actuelles avec des effets très limités et sans capacités de mobilisation et de dynamisme déstructurant. 
 
Pour la simple raison que les oppositions africaines n’ont jamais trouvé la bonne réponse à la QUESTION
  • peut-on mobiliser, conscientiser un peuple, discipliner une opposition qui a sept fois FAIM ? 
Peut-on mobiliser une classe politique dont la corruption, comme un cancer a métastasé tous les leviers de l’action politique (réflexion, mobilisation,  convictions, l’idéologie, financement, etc…)
La situation des oppositions actuelles m’incite à dire: NON.

Mais quoi de neuf avec le silence en 2012 ?
 
Le silence organisé et structuré est une tactique souterraine née de la mauvaise gestion des thématiques sociales des peuples, d’un désir profond et de liberté.  Car le communisme de mouvement se veut être une organisation horizontale, non hiérarchique, a-partisane, sans programme, et sans dirigeant. Certes en apparence pas efficace pour faire avancer les exigences du peuple…mais elle est la première fissure dans la violence que lui oppose les « régimes dits forts » depuis des années. Elle permet de gagner la première de toutes les batailles, celle de l’image, de l’unité (élément essentiel dans un mouvement populaire) en disposant ainsi d’une solide fondation : la motivation populaire. 
 
Nous sommes dans une société de l’image et l’information sans frontière permet de voir et d’attirer l’attention, les effets du silence peuvent être spectaculaire et paralysant. La pertinence de cette démarche est donc à raffiner comme un produit pétrolier, c’est-à-dire de manière complexe pour une plus grande et large consommation. 

Comment faire du silence une nouvelle capacité de contester un régime en crise d’usure ? 
 
Actuellement, l’organisation verticale des modes d’expression politique, cantonne la parole pour le plus grand nombre qu’au moment des votes. Ce mode d’expression a fait long feu et le principe démocratique d’un gagnant et d'un perdant en Afrique est dès le départ inapproprié, clivant et source de tensions lourdes et récurrentes. Il faut non plus s’approprier de la démocratie qui est en fait la source de tous les maux politiques actuellement, mais inventer un nouveau mode d’expression (euh oui..., nous devons être capable d’inventer et c’est plus que possible aujourd'hui. La Chine n'est ni démocratique, ni communiste, elle a trouvé sa voie autour de 8 idées fortes.) qui ne divise plus, ni ne sépare, ne prépare pas à la guerre, mais de manière collégiale et tournante, assure à tous sur la base d’un système complexe à parfaire, au cours des expériences, l’accès de tous à la gestion de la cité. Nous allons aborder la question le moment venu. 
 
La démocratie importée avec sa mascarade d’élections ne doit plus jamais être retenue comme mode d’expression de la voix du peuple, elle ne suffit plus à rendre compte des aspirations du pays réel, du peuple. Le silence dans le communisme de mouvement est donc le refus de la hiérarchie, de la délégation des pouvoirs et de la démocratie représentative. Le silence qui, à ce jour, ne s’exprime qu’en désordre par le refus d’aller voter, par l’abstention, doit être mûri, réfléchi, construit par une nouvelle idéologie comme réponse culturelle endogène et technique  autour des valeurs correctives nées de nos échecs, de nos retards, de nos mauvais débuts et faux départs. La démocratie ou la dictature n’étant plus à même d’assurer des conditions de vie minimales pour tous, de compenser l’injustice, pourquoi accepterait-on ces organisations verticales ?
 
Le silence oblitère tout dans un pays. Le silence coupe tout émetteur d’un récepteur. Sans récepteur toute communication politique est rompue et le marketing politique inopérant. Hors qui peut gouverner longtemps loin du temps ? Or le temps est une donnée politique centrale. C’est là sa force. S’il est pour certains un aveu conscient des peuples de ses incapacités du moment, il traduit surtout pour tout observateur averti, un désaveu populaire.  En l'espèce, il est une période propice aux rencontres sans but, ni intérêt, aux constats, aux diagnostics, à l'expérimentation de l'appareil de solutions, une préparation à l’insurrection des consciences. En d’autres termes une période favorable à la préparation d’un mouvement populaire. Que les seuls excès des élites, soulèveront comme une vague déferlante sur leurs incapacités, excès, violences, pauvretés essaimées grâce à leur démocratie importée. 
 
Le silence est l’âme des peuples trahis, le signe d’un peuple qui souffre des incapacités de ses élites. Mais il ne demeure pas moins, le remède à tous les maux causés par les élites au pouvoir de plus en plus irresponsable et irrespectueuse de l’âme du peuple. C’est ainsi que la vérité future sera faite du silence des morts de demain. Le silence relevé face aux élections, aux constitutions déglinguées, aux sept faims d’Afrique francophone  est certes une complicité imposée, un aveu d’impuissance et d’incapacité, mais il doit être plus perçu en cette période, comme le dernier refuge de la vraie liberté du peuple, la liberté de penser, d’imaginer, de préparer, de se préparer au sacrifice suprême pour sa libération…
 
Le silence signifie que le peuple n’a pas d’espace d’expression, pas de place dans la société de débauche, de luxure, de facilité, et d’antivaleurs que la culture du béni oui ouisme (de Dakar, Lomé, Niamey, Bamako, Conakry à Libreville…) veut imposer au vrai peuple qui se lève tôt, qui travaille dur pour élever leur enfants, dans la dignité et la fierté de leur identité. D’où l’idée d’occuper le seul espace disponible devenu l’espace public et sécurisé par excellence : le silence du peuple. 
 
Le silence devient ainsi un lieu de rassemblement, de reconnaissance, un lieu d’échange de codes et de tradition. Un lieu source de mémoire, une école de la patience et un cadre d’organisation. Cette stratégie à la fois involontaire, inconsciente et consciente est essentielle. Elle est le premier étage du communisme de mouvement qui au fil des répressions, des injustices, des inégalités et des intimidations va développer: LA PUISSANCE ÉMOTIONNELLE constituant ainsi le socle des « overdoses révoltantes ». 
 
Il  exprime l’intérêt général des sans voix, traduit l’idée simple que le citoyen n’a plus son mot à dire sur des choix politiques qui concerne sa propre vie et sont devenus l’apanage des politiques mal préparés à la gestion de la cité et des experts étrangers sans compétence interculturelle ni maitrise des liens organiques des sociétés cibles de leur expertise. 

Le silence face à la violence d’État
 
À ce jour la violence est du côté de l’État, car à chaque manifestation de rue, le peuple compte dans le silence de sa patience, ses morts (mort de faim, des violences policières, armées, de rêves inassouvis...). Depuis l’imposition de la démocratie en Afrique francophone, l’élite est rentrée en guerre ouverte contre le peuple.  Cette réponse répressive face aux sept faims des peuples d’Afrique est la marque d’une élite qui a peur, qui se protège des « gueux » qu’elle a elle-même engendrée.  Une guerre pour maintenir l’obéissance passive du peuple (le peuple DOIT avoir peur de l’homme fort), alors que les effets secondaires de la mondialisation (nouveaux rapports marchands, information sans frontières, évolution des mentalités, partage des connaissances, mutualisation des communications…) imposent à l'élite l'organisation vers l’obéissance active (qu’est-ce que je gagne dans ce que tu promets, quel est mon intérêt dans ton élection ? répond le peuple en écho). 
 
Ce silence a permis tout de même de dévoiler la violence cachée et souvent instrumentalisée de la démocratie importée dans les États d’Afrique francophone. Nous constatons que la démocratie importée et la dictature, n’aiment pas le silence du peuple, il l’achète à présent à coups de millions lors des campagnes présidentielles. 
Mais est-ce suffisant ? 
Le silence du peuple coûte trop cher pour le muer en soutien populaire ?
 
Le silence souvent critiqué des peuples africains ou même bêtement qualifié de résignation, est en fait un acte politique individuel inhérent à la rupture du lien entre l’élite et le peuple. Il traduit l’ « état de santé » entre le peuple et l’homme fort au pouvoir. Le silence dans les campagnes, les banlieues des grandes villes, dans les régions oubliées par le « régime fort » est l'expression d'une prise de distance du peuple envers celui qui a trahi toutes les raisons de son arrivée au pouvoir. C’est aussi une manière subtile et moins douloureuse de faire savoir qu’il y a  une dissonance (ne plus se reconnaître dans la parole portée par ses dirigeants sans pouvoir faire entendre sa voix discordante, ne plus consentir à certaines actions conduites par l'ordre social auquel on appartient plus). 
 
Cet acte politique marque le fait que la délégation de pouvoir, le consentement qu'on octroie à des représentants sont révocables. Car, les principes, les valeurs, les « impératifs moraux » supérieurs auxquels on tient (liberté, travail, égalité, justice, dignité humaine, respect de l’autre...) sont bafoués. C'est donc une forme exigeante de la vision endogène du partage du pouvoir (voire radicale, sans compromission) que prônent le silence des peuples d’Afrique francophone. 
 
Quand  les thématiques sociales sont en jeu, lorsqu'on assiste à un déferlement des antivaleurs dans une société, le peuple se réserve le droit de « retrait de la société des vainqueurs d’élections» en appliquant au pouvoir jouissif: le silence comme réponse aux campagnes et discours démagogiques.
 
Dans cette perspective, le silence apparaît comme l'ultime moyen (non institutionnel) de résistance pour gérer une dissonance entre ce à quoi, le peuple croit profondément et ce qui est politiquement mis en pratique dans la société, alors même qu’il est exclu de la « conversation » qui lui aurait permis d'exprimer son désaccord, de faire valoir son point de vue, son « dissentiment ». 
Dans le communisme de mouvement, il n'y a pas de pouvoir et d'opposition, car il y a bien longtemps que le peuple a compris que l’opposition n’est pas le peuple, non plus la voix du peuple.  Elle est un « conglomérat d’anarcho-profito-situationniste » qui comme un groupe de charognards s’acharne sur les miettes laissées par le pouvoir. Un conglomérat d’opportunistes sans crédibilité, ni épaisseur politique, sans conviction, ni intelligence politique pour faire face à la gestion des  complexité née des rapports et enjeux du moment ainsi que de la lourdeur des efforts à consentir. 
 
Le silence du peuple est donc le recours, interne dans une « société démocratico-violente », de ceux qui se sentent dépossédés d'une voix dans leur histoire. Le silence des peuples est en quelque sorte le moyen d'expression ultime des « inaudibles », de celles et ceux qui sont exclus des « conversations stratégiques de la Nation », qui ne sont pas reconnus socialement, ni invités aux réjouissances nationales. Au final, parce qu'il met en exergue les dérives de la démocratie importée, qu'il dénonce la « trahison » des élites du « régime fort, le silence serait le fondement même du communisme de mouvement en Afrique francophone. Il serait au fil des perfections et des apprentissages en quelque sorte sa « bonne conscience », son expression éthique.
 
 Le mode de croissance du silence est particulier en ce sens qu’il se nourrit à la fois des erreurs, injustices, et meurtres des élites et des rancœurs, des sept faims  du peuple. Il n’a besoin d’aucun budget, ni de personnel, ni de membres, il est diffus et tapis au fond des peuples qui souffrent et attendent l’élément déclencheur. Il n’est mobilisable par aucun opportuniste politique, il a son autonomie propre et à sa propre vie comme dans un système social. Le communisme de mouvement va donc être sa forme raffiné et exploitable…


Patrice PASSY 
Directeur général de M.I.Q Conseil                  
Conseil en Intelligence Economique et Communication d’influence
Ancien conseiller de Premier Ministre
patrice.passy@hotmail.fr 



 
La semaine prochaine
 
Comment transformer une crise majeure, en opportunité politique en Afrique francophone ?
 
[1] « Alors qu'une bonne action doit appeler l'approbation, et une mauvaise, la réprobation, le fauteur de l'acte, qu'il soit bon ou mauvais, mérite toujours respect ou pitié, selon le cas. « Hais le péché, non le pécheur » – c'est là un précepte que l'on applique rarement, s'il est aisé à comprendre ; et c'est pourquoi le venin de haine se répand si vite dans le monde. L'ahimsâ est le fondement de la quête de vérité. Il n'est pas de jour où je ne m'aperçoive, en réalité, que cette quête est vaine, si elle ne se fonde pas sur l'ahimsâ. S'opposer à un système, l'attaquer, c'est bien ; mais s'opposer à son auteur, et l'attaquer, cela revient à s'opposer à soi-même, à devenir son propre assaillant. Car la même brosse nous a peints ; nous avons pour père le même et unique Créateur, et de ce fait les facultés divines que nous recélons en nous sont infinies. Manquer à un seul être humain, c'est manquer à ces facultés divines, et par là même faire tort non seulement à cet être, mais, avec lui, au monde entier. »
— Mahatma Gandhi, Autobiographie ou mes expériences de vérité59.


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