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vendredi 13 avril 2012

Quel est le classement de l’homo africanus dans l'inconscient collectif français en 2012 ? Quelle est sa place dans la culture populaire française en cette période électorale ?


INTELLIGENCE POLITIQUE ET INTELLIGENCE CULTURELLE

Par Patrice PASSY
Conseil en gestion des problématiques interculturelles
patrice.passy@hotmail.fr 
 
L'inconscient collectif est un concept de la psychologie analytique qui s'attache à désigner les fonctionnements humains liés à l'imaginaire et qui sont communs ou partagés quels que soient les époques et les lieux, et qui influencent et conditionnent les représentations individuelles et collectives. Selon le psychiatre suisse Carl Gustav Jung (1875–1961), créateur du concept, l'inconscient collectif constitue « une condition ou une base de la psyché en soi, condition omniprésente, immuable, identique à elle-même en tous lieux »
 
La classification : un effet du raisonnement à la française.
 
Le droit d’inventaire que nous forgeons est une exigence des peuples qui arrive à notre perception par sa propre lumière et indépendamment de ce que la machine française à idées nous oblige à dire, faire et croire. Le droit d’inventaire en l’occurrence, est un processus inscrit dans l’évolution des rapports franco-africains qui arrive à maturité. Le solde global de la relation franco-africaine est très positif pour la France et négatif pour l’Afrique et ce n’est pas un scoop. L’Etat de la compétitivité de la zone Franc nous informe que l’Afrique francophone est abonnée aux dernières places dans la compétitivité mondiale. Cela n’a rien d’étonnant car, dès 1958, notre Afrique avait un classement bien précis, une utilité bien définie, une nécessité bien circonscrite, un espace bien délimité. Entre la France et ses ex-colonies, la place des « noirs » dans les hautes sphères de l’Etat était toute désignée : Inexistante ou derrière la porte du savoir et de l’avenir.
Un soir, le Général tint ces propos à Jacques Foccart, alors Secrétaire général de l'Élysée et…bâtisseur des réseaux français en Afrique :
« Vous savez, cela suffit comme cela avec vos Nègres, vous me gagnez à la main : alors, on ne voit plus qu’eux. Il y a des Nègres à l’Élysée tous les jours, vous me les faites recevoir, vous me les faites inviter à déjeuner. Je suis entouré de Nègres ici (…) Cela fait très mauvais effet à l’extérieur. On ne voit que des Nègres tous les jours à l’Élysée. Et puis je vous assure que c’est sans intérêt. » 
 
Cette Afrique-là, ces gens-là comme on le dit avec mépris en France pour désigner le berceau de l’humanité, a été tout bonnement classée, divisée, tout bêtement étiquetée, et intelligemment normée selon les critères français qui définissaient le normal en toute chose.
 
En ce cinquantième anniversaire de la Ve République, cette classification comme un réactif dans un laboratoire, révèle ses nombreux dégâts sur les consciences collectives française et africaine, elle n’a plus lieu d’être et ne  convient plus à quiconque. De manière consciente, cette classification ouvrait dans plusieurs domaines, l’espace des choix de domination coloniale. Elle donnait libre cours aux modalités de la décolonisation. Classée (par les sciences et les sociétés savantes) puis normée (code noir, le code de l’indigénat, la zone franc…), la classification française de l’homme africain a permit aussi en amont l’orientation et le contrôle des assujettissements nécessaires à la civilisation des « peuples barbares ». 
Nous, africains, avons toujours été classés sauvages, certains philosophes comme Hegel et Voltaire ont véhiculé des idées reprises jusqu’au sommet de l’Etat en 2007. Le discours de Dakar est une allocution prononcée par le président de la République française, Nicolas Sarkozy, le 26 juillet 2007, à l'Université Cheikh-Anta-Diop de Dakar (Sénégal), devant des étudiants, des enseignants et des personnalités politiques.D'une durée de 50 minutes, le discours de Nicolas Sarkozy est rédigé par son conseiller Henri Guaino. Le président français déclare notamment que la colonisation fut une faute tout en estimant que le « drame de l'Afrique » vient du fait que « l'homme africain n'est pas assez entré dans l'Histoire. […] Le problème de l'Afrique, c'est qu'elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l'enfance. […] Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n'y a de place ni pour l'aventure humaine ni pour l'idée de progrès ».
 
Ernest Renan. "La nature a fait une race d'ouvriers. C'est la race chinoise d'une dextérité de main merveilleuse, sans presque aucun sentiment d'honneur; gouvernez-la avec justice en prélevant d'elle, pour le bienfait d'un tel gouvernement, un ample douaire au profit de la race conquérante, elle sera satisfaite; une race de travailleurs de la terre, c'est le nègre : soyez pour lui bon et humain, et tout sera dans l'ordre; une race de maîtres et de soldats, c'est la race européenne. Que chacun fasse ce pour quoi il est fait et tout ira bien[i]."
 
La classification française de l’Africain a permis d’épouser les arguments d’Hegel selon lesquels, ce continent n’avait pas développé la culture de la création. Cette lacune créait les conditions d’une inaptitude au développement harmonieux de l’être dans la mondialisation ainsi que de ses économies.
 
La classification : qu’est-ce que c’est en l’espèce ?
 
C’est un effet du raisonnement à la française. L’Afrique a été classée, mesurée, emmurée, déportée, saignée parce que son classement dans l’échelle des valeurs françaises l’avait permis. Elle a été définie, c'est-à-dire une étiquette mise sur le phénomène Afrique et les peuples africains, par voie de conséquence, pas une connaissance exacte du réel africain. 
En effet, cette classification reste au fond prisonnier du préjugé essentialiste, puisqu’elle, perpétue l’idée de la connaissance de notre réalité qui est entièrement dépendante du schéma culturel de pensée français et dont l’imaginaire a toujours été fidèle aux erreurs d’appréciation des explorateurs ainsi que des « amis d’Afrique ».
 
L’Afrique était dans leur esprit constituée de « meubles cessibles » en clair, les africains, des groupes de sous-hommes dont la valeur de la vie et de l’âme dépendait des négriers, d'un code spécial, des colons, et continue à dépendre des multinationales françaises. La preuve aujourd'hui un mort ivoirien, libyen, congolais, malien, tunisien, etc... n’a pas la même valeur qu’un mort français. Ce raisonnement décliné sous le drapeau tricolore de l’universelle affirmative  était nécessaire à la bonne conscience judéo-chrétienne pour prendre sans remords. Tuer sans en être responsable, déposséder sans jamais être le voleur, prendre la vie de l’Autre contre des pacotilles d'indépendance et de souveraineté.
Il est clairement établi que toute classification produit un effet sur les individus classifiés. Sur ce point, il est intéressant de noter que le simple fait de nous classer, puis normer, a beaucoup modifié l’africain, à ce jour de manière consciente et inconsciente, volontaire et involontaire nous étalons à chaque respiration l’étendue des éléments du drame africain… http://ppassy.blogspot.fr/2011/12/2012-le-drame-africain-le-da-la.html.
 
Ridiculisés avec et dans les zoos humains, vendus comme du bétail grâce au code Noir édicté sous Louis XV,  étiquetés par l’image et la parole, affaiblis par l'exploitation violente de l'homme par l'homme, les africains francophones ont toujours été évalués selon les critères français définissant le « normal » et le réel. A travers les époques, les africains et tout ce qui a un rapport avec eux ont été exclus de toute harmonie française. La norme française n'a jamais entendue la norme congolaise, camerounaise, tunisienne, etc...C'est même vexant d’insister sur ça. 
 
La classification française a été en ce sens le foyer de toute permissivité, elle a régenté toute l’esthétique de la violence française à notre égard. Classer, a donc servi à nous façonner, à façonner le regard du français, à distiller dans l’inconscient collectif et l’imaginaire français des préjugés, des clichés à la peau dure, des croyances, sans perdre de vue le mépris profond à la Stephen Smith aux effets dévastateurs hier, aujourd’hui et si l’on y prend pas garde, demain. Et pour la jeunesse africaine demain est devant nous, et ce  présent est notre horizon. 

Je le répète, les africains, selon cette classification seraient incapables de dépassement c’est à dire, de passer d’une culture de la répétition à la culture de la créativité, jusqu’au haut niveau de l’Etat, on l’a pensé, et dit à Dakar en 2007. Le fait même de nous classer nous a rendu amnésique au point de ne plus être capable de sortir de cette salle ce jour là...nous sommes devenus ainsi incapables de répondre aux quatre questions suivantes :        
  1. Qui sommes-nous et où allons-nous ?
  2. Que devons-nous faire ?
  3. C’est quoi le monde africain dans 30 ans pour nous ?
  4. Enfin comment s’organiser pour être et autour de quelle motivation ?
        Nous avons ainsi été déprogrammés de notre programmation historique de base. La classification a donc modifié l’homo-africanus changé sa vision du monde, dilué son énergie dans l’attentisme, décomposé ses valeurs, sa fierté, sa dignité. Elle a rendu paresseux l’africain, avec ses confusions identitaires, pour lui plus rien n’est urgent, fondamental.L’existence est rythmée des contingences devenues indépassables. 
 
       Principalement caractérisée par son aspect mortifère, les travaux forcés lors de la colonisation et les  razzias dans les villages pour soumettre, dominer, disloquer et briser toutes formes de résistances, la colonisation n’a pas transmis le goût du travail aux colonisés. La pénibilité du travail, le taux élevé de mortalité a laissé une image non motivante et valorisante du travail. Travailler a été assimilé depuis comme une corvée dangereuse. L’Africain travaille pour nourrir sa famille, nullement pour s’épanouir. Cela laisse des traces jusqu'à ce jour. Le colon interdisait la réflexion, les initiatives privés, tout devait être remonté vers le "Dieu blanc" et décidé par lui. Il pensait pour les colonisés, il était formellement interdit de réfléchir, de penser, d'être et de faire sans autorisation. Parler sa propre langue, valoriser sa propre culture est source d'humiliation et de sanctions sévères... Cela vous permet au final de choisir tout seul sa place et son classement par rapport à l'autre et cela perdure encore. Le colon était devenu par ses ruses et sa mauvaise foi, le borgne au pays des aveugles. L’école coloniale n’a fait qu’assurer le service minimum pour le maintien de ce classement, dans la maîtrise des connaissances et des savoirs. L’Eglise étant chargée de déraciner toute résistance intérieure. Les travaux forcés pour abrutir, dérégler par le choc violent des désorganisations. La brutalité de l’administration coloniale de faire régner la peur ainsi que la soumission. Tout cette chaîne mortifère a participé à la naissance d’un nouvel homo africanus
Cela a eu pour conséquences de générer de nouveaux comportements, créer de nouvelles sociétés et communautés (suite au partage de Berlin 1884-1885), développer de nouvelles possibilités de domination (colonisation) et par conséquent de meilleures conditions de soumission (décolonisation). Hier, aujourd’hui, la domination française par sa manière de délimiter l’Afrique et de limiter l’illimité africain a définit « son Afrique ». Cette Afrique est-elle devenue irréversible. En tout cas cette pièce Afrique roule encore, de quelle côté va-t-elle tomber ?

Rôle d'une classification dans l'inconscient collectif 
 
Cette Afrique francophone est à la fois la nôtre par défaut et pas la nôtre, faute d’une lecture commune des enjeux stratégiques, des connivences d’intérêts, d’idéaux, d’exemples et de mythes communs.
 
Classé a servi à exploiter, dominer, mentir, cacher, et exclure. Pour pénétrer nos terres, nos richesses et nos consciences, il fallait disposer d’un moyen fallacieux, insidieux de hiérarchisation des pouvoirs, des connaissances, des personnes, et des moyens cultuels. La politique raciste en vigueur dans les colonies françaises en est l’émanation et la suite logique. 
Nous sommes au cœur de la conséquence primaire et des conséquences secondaires du fait colonial. Dire que ce n’était pas le but c’est nous mentir ou se mentir à soi-même.  Dans les faits, l’intérêt réel fut clairement porté par le général DE GAULLE « Pour être grande, la France a besoin des pieds du colosse africain ». Nous découvrons en retour en 2007 que pour être la risée du monde, pauvre, sans le sou, il fallait avoir la France comme « mentor économique ».
Classés, normés, conditionnés, sélectionnés les africains n’a pas été un simple catalogue de faits et gestes, une description du noir ou un récit de voyage présenté dans les sociétés savantes de l’époque. Cette classification a évolué au gré de l’orientation imposée par les intérêts français, puis favorisé l’émergence des conditions de soumission qui ont permis de disposer des moyens d’assujettissement et d’aliénation. La suite est la création d’un desert qui a asséché notre pensée, tari nos sources de croyances et contribué à l’appauvrissement de nos intérieurs.
 
Aujourd’hui la question que je pose à la jeunesse africaine est la suivante :
Sommes-nous dépourvus de l’aléthéia  au point de ne pas pouvoir se dépasser, de ne pas briser les chaînes de notre finitude que les colonisations ont construites, organisées, et encadrées ?
 
A vos plumes…dans NOTRE GUERRE DES RETARDS, qui est la véritable guerre des jeunes diplômés…

 

[i] Ernest Renan. « La Réforme intellectuelle et morale ». Editions Complexe. 1900.




2 commentaires:

Anonyme a dit…

Nice saying!

Nadine Franvil a dit…

*Refoulement
Mécanisme de défense du psychisme

"Lorsque la conscience ne peut accepter certaines pulsions, certains désirs ou les barrières de certains désirs nous vivons un conflit entre le principe de plaisir et le principe de réalité, entre la satisfaction et l’interdit. Une stratégie de défense se met alors en place, qui fait passer ces " indésirables " dans l'inconscient en les repoussant et les maintenant en deçà même de la mémoire. Ils sont cependant toujours actifs et deviennent les moteurs cachés mais partie visible d'actes ou de comportements, qui substitue au plaisir interdit un dérivé acceptable"...

La confrontation du regard de l'Homme noir africain en son statut, pair et frère de race ayant une propre culture, intégré, s'intégrant et vivant en France (éducation, fonction, titres, responsabilités, compétences, valeurs, rôle, enfantement ...), offre la pertinence du relief de sa place, de comment elle est valorisée, de comment il la valorise, de comment elle pourrait être valorisée sur le sol français. Ecouter, lire, écrire et faire face aux indéniables propos et discours répulsifs des Hauts Représentants de la République française c'est autant se regarder et d'une volonté farouche refuser tout manque d'égards en des propos et discours répulsifs (commisération, mépris… ) et de dénégation, et asseoir son juste Droit d'Etre égal, semblable et différent.
Une culture populaire a pour lieu de montrer et de véhiculer le "visage" de l'Homme. Il est conditionné car ayant reçu une éducation, elle-même issue d'un vécu et d'une histoire, elle-même construite au travers des filtres épais et perméables de l'histoire politique, religieuse et culturelle de son pays. Faire apparaître en elle les mécanismes non contrôlables du rejet de la honte et de la culpabilité au profit des conquêtes de Madame la France …
La concision fine et frontale de l'analyse et référentiels historiques interpelle la conscience des hommes et celle de l'Homme noir africain de sa place, celle que lui donne la France, celle qu'il a et se donne en France, de mon regard de vous lire et *Guyanaise, cette "place" *refoulée des Noirs en France dans l'inconscient collectif français en cette période électorale et peut-être même chez certains Noirs eux-même, qu'ils soient africains ou pas … -et n'est-ce seulement qu'en cette période ?- … me fait apprécier la valeur du contenu de votre billet.
*(Guyane française = terre d'Amérique du Sud, ancienne colonie française devenue département français d'outre-mer )