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samedi 22 novembre 2014

COMMENT ENVISAGER LA POSSIBILITÉ D'UNE DÉFAITE ?

"Chaque jour à vivre est une victoire. - Chaque jour vécu, une défaite."
Frédéric Dard

Lors de notre dernière conversation stratégique, nous avons eu pour axe central de production de nouveaux concepts, un thème fort intéressant, mais souvent ignoré par les acteurs politiques africains et les chasseurs de budget sur le continent.

Comment envisager la possibilité d'une défaite ? 

J'avais la lourde tâche pendant 50 mn d'interagir avec les participants sur les causes fondamentales d'une défaite, de rappeler à l'auditoire que l'une des tâches de la victoire est de toujours envisager sa défaite comme une alternative consubstantielle  (la fameuse dualité de la vie).

Quel est donc le potentiel d'une défaite dans chaque victoire ?

Lorsqu'un système devient "gruyère" (ensemble des vulnérabilités générées dans une organisation, par les effets conjugués du temps, des faiblesses humaines, des incapacités bien africaines, sur l’efficacité de votre activité et/ou l'efficience de vos actions), il est essentiel, pour éviter une défaite, d'analyser collectivement, comment passer de la superposition des intérêts individuels à la réussite collective ?

Ce qui suit est la synthèse de mon intervention

Parlons du postulat de la valeur défensive d'une victoire 

L'une des causes fondamentales des défaites est l'incapacité à admettre la faillibilité de sa propre stratégie. Or, même si cela peut en apparence sembler paradoxal, préparer la victoire lors d'une élection par exemple, impose précisément de se préparer à l'échec de cette stratégie. donc à envisager la possibilité d'une défaite.

L'une des erreurs les plus fréquemment commises lors de l'élaboration d'une stratégie est de penser que sa fonction est de rendre la défaite impossible. Par définition, bien sûr, une stratégie vise des buts positifs. Il s'agit d'accomplir tel ou tel objectif de puissance, de réussite, généralement en remportant sur un adversaire ou un concurrent, une série de victoires politique, militaire, diplomatique et économique qui constitue, les étapes vers l'accomplissement de ces buts. Mais cette dimension positive de la stratégie est souvent interprétée à tort, comme faisant d'elle, un "processus de la victoire", une méthode pour être et durer.

Dangereux postulat

Cette manière de penser revient à transformer ce qui devrait être un guide souple à l'action fixant sur la base des buts visés, les étapes jugées nécessaires à leur atteinte, en une planification présumée infaillible. On conçoit un mix stratégique, composé de la force publique, la confiscation des moyens, la communication, la négociation, la corruption, et autres artifices juridiques à condition d'être méthodiquement "musclé", suivi, pour aboutir nécessairement à l'accomplissement des buts visés. Les chasseurs de budget qui grouillent dans les marigots africains sont chargés de vendre et de convaincre les "clients" sur l'importance de cette stratégie. Tous fixent un cap aux actions à déployer, mais oublient volontairement de dire, que la stratégie est soumise à la contingence des faits, elle ne doit pas être comme une procédure rigoureuse à suivre. Un plan à priori dont le déroulé mécanique doit imposer sa loi aux faits. Les premiers cercles d'influences, les courroies stratégiques de transmission de la décision externe et interne, auxquels se joignent la constellation des conseillers refusent par paresse intellectuelle et négligence tactique, d'intégrer la contingence comme source possible de paralysie du processus décisionnel du leader. 

Notre expérience sur le terrain nous renseigne que la contingence est un redoutable piège pour les "systèmes sangsues". Le système gruyère est caractérisé par :
  • les connivences d'intérêts multidimensionnels et multifonctionnels
  • le système d'interconnaissance intégrateur
  • le fond commun culturel
  • le dispositif du don et contre don  
  • le maillage par la stratégie de l'accoutumance
La croyance en la validité d'une stratégie, en la perfection d'une structure, en la force des alignements opportunistes de son entourage est un problème stratégique majeur, ayant des impacts sur la capacité à s'adapter des "systèmes gruyères". La meilleure illustration est celle des majorités présidentielles qui s'émiettent, dès les premières accélérations de l'histoire et des temps (crise, contestation, revendication, marche...).

Toute stratégie va donc reposer sur des présupposés, des postulats, d'ailleurs indispensables pour poser les bases d'une réflexion solide. Ceux-ci sont de plusieurs ordres.  
  • On trouve en premier lieu, les conditions matérielles, dans quel contexte et avec quels moyens devraient être accomplis les buts fixés.
  • Doivent également être recensés les buts négatifs: élément à préserver, événement à éviter.
Ces derniers ne devraient pas, en théorie faire partie des postulats d'une stratégie, mais leur réalisation est généralement considéré comme une nécessité politique impérieuse. Ils constituent généralement une condition sine qua non de l'exécution réussie de la stratégie, telle qu'elle est initialement envisagée, avant sa mise en oeuvre effective. Que cette stratégie soit conçue à priori, et l'atteinte de ses buts négatifs peut devenir un postulat en tant que tel.

Le problème est évidemment que ses postulats n'ont rien de garantie: ils peuvent au être au mieux considérés comme probablement remplis. Mais, la remise en cause de ces présupposés équivalents à reconsidérer l'ensemble d'un plan stratégique prédéfinit. Celle-ci pour de multiples raisons, est généralement impossible. Ces postulats deviennent alors, autant de failles possibles pour la planification, l'agilité intellectuelle souvent nécessaire. Autant de sources de surprises stratégiques qui sont surtout des faillites de l'intelligence collective et des effets des retards d'anticipation. 

Que l'un d'entre eux se révèle faux, il précipite l'ensemble de la stratégie dans la défaite. Pis, comme cette hypothèse (la défaite) n'a jamais été envisagée comme possibilité intrinsèque, il n'est souvent pas possible de se remettre d'un échec. L'adoption d'une telle stratégie a priori entraîne le plus souvent, l'incapacité d'une organisation gruyère et des hommes chargés de la mettre en oeuvre, à agir efficacement sous le règne de la contingence interne et externe.

Le mal africain

Le processus cognitif décrit plus haut, est un mal dont souffre particulièrement depuis une vingtaine d'années, la stratégie des politiques africains. Ce qui précipite souvent la défaite est la supériorité de la défensive (majorité présidentielle) sur une position fixe par rapport aux manœuvres qu'imposent la gestion de la victoire. Le postulat tactique observé sur le terrain est fondé sur la conjugaison des équilibres instables qui consiste à priver l'Autre des ressources (multiformes et multidimensionnelles) et les conserver, pour alimenter la nécessaire montée en puissance des instabilités générées par cette gestion à géométrie variable des contingences. Cette stratégie de la supériorité de la défensive, porte en elle même les germes de la défaite à moyen, court et long terme. Le maintien en place de l'ensemble du système à la fois homogène (premier cercle) et hétéroclite (les courroies de transmission des décisions) dépend de la capacité de contrôle des équilibres instables du leader. Une débauche d'énergie et de moyens qui pouvaient être décentralisés. Le contrôle en vue du maintien du système devenu gruyère du fait des effets combinés du temps, des faiblesses humaines, des harcèlement de l'opposition est l'un des buts négatifs des stratégies analysées sur les terrains africains par nos experts.

Les buts des victorieux sont stratégiquement négatifs. Il s'agit d'un tissu d'erreurs stratégiques de positionnement, de vision, qui dès le premier jour de la victoire, fait que toute stratégie doit être soumise à l'épreuve des faits, même si faits ne doivent pas remettre fondamentalement en cause les effets positifs qu'elle se fixe. 

L'effondrement politique, aussi paradoxal que ça puisse paraisse, est avant tout celle de la stratégie retenue lors de la victoire. 

DB CONSEILS conseille de bâtir son leadership et ses tactiques sur l'effondrement de toute certitude. N'avoir pour seul postulat que la grandeur de sa mission, la grandeur de la Nation. 

Tout pour le Peuple - Rien que pour le Peuple.

La grandeur de cette mission sera vécue comme la rencontre du leader avec son peuple en clair, votre projet politique en interaction avec les thématiques sociales du peuple. De cette collision d'intérêts naîtra votre influence et rayonnement, gage d'une longévité politique. Et au cours de cette collision, la défaite doit toujours être considérée comme une alternative au cas idéal que vous aurez considéré comme fixé. Mais pas comme la cause principale du chaos qui va suivre. Toute crispation intellectuelle est donc interdite. Les limites cognitives ne doivent pas céder la place à la violence (qui est le moyen le plus courant, lorsque la parole devient inopérante pour se dépasser, résoudre un blocage, une difficulté). Dans ce contexte, il nous faut admettre une évidence: la politique est l'art de la gestion du mouvement des contingences. 

A vous de savoir incliner votre politique dans la direction des rapports de forces, générés ou subis.

     Un mot sur l'auteur

Patrice PASSY est consultant-formateur et conférencier international sur les thèmes en rapport avec l'intelligence économique, la communication d'influence, intelligence interculturelle. 

Directeur associé de DB CONSEILS, est un cabinet conseil spécialisé depuis 14 ans en Management des organisations, intelligence économique et communication d'influence. Patrice PASSY intervient dans les chambres de commerce (Paris-Bruxelles), les organisations professionnelles (patronat), institutions publiques, les écoles de commerce et instituts de Management en Île de France, en Afrique francophone et en Belgique. Ce cabinet organise à Paris depuis 2006, des "conversations stratégiques", qui sont un système de pose de questions stratégiques portant sur l'enjeu chinois en Afrique, la
revitalisation de la culture stratégique française en Afrique francophone, le processus de néo-décolonisation africaine, les perspectives démographiques africaines en 2050: enjeux et opportunités (liste non exhaustive).

De nombreuses études et conseils stratégiques sur la géopolitique, la géo-économie et les perspectives économiques et démographiques africaines ont permis à l'auteur, de développer une expertise technique reconnue sur les questions stratégique, géostratégique, intelligence stratégique et communication d'influence, la gestion des problématiques interculturelles, sans oublier le management des diversités franco-africaines.

DB CONSEILS est le premier réseau de compétences franco-africaines disposant d'un réseau de représentant dans plusieurs pays francophones (19 consultants) depuis 14 ans. 

Nos proposons des prestations dans la:
  • protection du patrimoine économique de l'Etat
  • protection du patrimoine immatérielle de l'entreprise
  • management des complexités locales
  • redynamisation commerciale de l'entreprise
  • résolution des dysfonctionnements internes de l'entreprise
  • appareil de solutions au cas par cas selon le cahier de charges du clients
  • Accompagnement des entreprises dans la conquête du marché de la zone franc
  • Intelligence interculturelle et intelligence économique
Nos clients sur les questions stratégiques et le conseil de service à ce jour, ont été des chefs d'entreprises, entreprises publiques et privées, écoles et instituts de management, les patrons des patrons africains, des Ministres et/ou Ministères, ainsi que la Primature.

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