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mardi 5 janvier 2016

COMMENT EXERCER IMPUNÉMENT LA SUPRÉMATIE DE LA FORCE ?

     I.          Le violent pouvoir de la communication d'influence
« Le savoir, plus que jamais auparavant, est pouvoir. Le seul pays capable de mener à bien la révolution de l’information, ce sont les Etats-Unis. (…) force multiplicatrice de la diplomatie américaine, l’axe des technologies de l’information fonde le soft power – la séduction de la démocratie et des marchés libres. » C’est ce qu’écrivaient en 1996, dans la prestigieuse revue Foreign Affairs, le professeur Joseph S. Nye doyen de la John F Kennedy School of Government d’Harvard, et l’amiral William A. Owens, tous deux conseillers de l’administration Clinton. Leur conclusion : seules les communications modernes, le Web au premier chef, peut « encourager l’élargissement d’une communauté pacifique de démocraties, meilleur garantie d’un monde sûr, libre et prospère ». 

Dans un ouvrage au titre significatif, Bound to Lead : the changing nature of american power, l’universitaire américain explicitait en 1990 ce qu’il entendait par soft power : « c’est la capacité à réaliser des objectifs désirés, en matière de relations internationales, à travers la séduction plutôt que la coercition. C’est s’employer à convaincre les autres de suivre, ou les amener à accepter les normes et instituions qui produisent le comportement désiré. Le soft power peut reposer sur l’attrait exercé par les idées ou sur l’aptitude à fixer l’ordre du jour de telle façon qu’il modèle les préférences des autres. Si un Etat réussit à faire légitimer son pouvoir aux yeux des autres et à instaurer des institutions internationales qui les encouragent à endiguer ou limiter leurs activités, il n’a plus besoin de dépenser autant de ses ressources économiques et militaires traditionnellement couteuses. » Qu’en des termes ampoulés cette définition des conditions de l’hégémonie d’une superpuissance s’estimant sans concurrence est dite ! 

Plus direct est le discours du président Clinton : « sans croissance à l’étranger, notre économie ne peut prospérer, sans croissance globale, une saine concurrence internationale se transforme vite en guerre économique, et il ne peut y avoir de véritable justice économique entre les nations ou en leur sein… aujourd’hui et dans un avenir prévisible, le monde attend de nous que nous soyons les leaders et le moteur de la croissance globale.

Ça se passe chez vous ou ailleurs

Cette loi de l’échange inégal et de la hiérarchisation du système mondial reste une donnée essentielle pour analyser les rapports entre les économies, les sociétés, les cultures dans le monde et plus particulièrement en Afrique. Ce sont ces logiques d’exclusion dont tente de rendre compte aujourd’hui la notion de « communication monde », notion qui restaure l’histoire sur le devant de la scène. Partout, des formes inédites de concurrence opposent les territoires entre eux et produits des usages différenciés de ceux-ci. 

Une « économie d’archipels » se forme avec ses mégapoles d’excellence technologique, lieux nodaux des marchés et des réseaux mondiaux. C’est cette réalité que peignait avec lucidité le sous commandant Marcos en 1997 en se référant à la guerre contre les deshechables (les « jetables ») de la planète néo libérale comme ouvrant la « quatrième guerre mondiales » : « la suppression des frontières commerciales, l’explosion des télécommunications, les autoroutes de l’information, la puissance des marchés financiers, les accords internationaux de libre échange, tout cela contribue à détruire les Etats nations. 

Paradoxalement, la mondialisation produit un monde fragmenté, fait de compartiments étanches, à peine reliés par des passerelles économiques. Un monde de miroirs brisés qui reflètent l’inutile unité mondiale du puzzle néo libéral… le néo libéralisme ne fragmente pas seulement le monde qu’il voudrait unifier, il produit également le centre politico économique qui dirige cette guerre. Il est urgent de parler de la métapolitique. La « nature » elle-même semble fomenter de nouvelles sources d’iniquités, les désordres climatiques et autres catastrophes « naturelles » affectant d’abord et de plus en plus les pays et les régions les plus pauvres.

C’est sur cette carte chaotique des fragmentations que viennent s’inscrire les nouveaux modes d’opposition à la Realpotitk néo libérale, ce que Marcos appelle les « poches de résistance », dont témoignent aussi bien les protestations lances depuis la rue contre les stratégies du FMI et de la Banque mondiale par les secteurs populaires et les classes moyennes paupérisées d'Afrique, que les grandes grèves contre les logique monétaristes qui guident l’édification des grandes zone régionales de libre échange dans les grands pays industriels. C’est sur carte également que tracent leurs lignes les réseaux parasitaires de l’immonde (le sale et l’amoral, contrepoint du mundus, le propre, le bien ordonné »), les nouveaux fronts planétaire du désordre, les « espaces de l’ombre » ou réseaux du marché noir de la vie. Circuits de l’économie souterraine, réseaux mafieux et trafics illicites (des narcotiques à la pédophilie en passant par la contrebande électronique), fronts de l’intégrisme, fronts des sectes, flux transnationaux des diasporas clandestines. Les stratèges du soft power et de la netwar ne s’y trompent pas lorsqu’ils évaluent le risque que selon eux, font encourir à la « sécurité collective » les usages d’internet aussi bien par le narco trafic (2 milliards de narco dollars à recycler chaque jour sur les marchés !) que par les nouvelles formes réseautiques de l’ »activisme politique international » (où ils entassent d’ailleurs pêle-mêle le mouvement zapatiste, les groupes islamistes et les ONG).

L’opinion est devenue le principal enjeu des guerres actuelles

Au mot d’influence trop faible, il faut préférer « emprise » qui suggère l’idée de prise en main ou encore « guidage intellectuel et moral ». Ce guidage des élites ou comme on dit aujourd’hui, des décideurs, se comprend au sens cybernétique du mot (d’un mot grec qui signifie « gouvernail »). La grille de lecture structurales, voire fixiste que je propose part d’un postulat simpliste, mais que je crois vérifiable empiriquement : pas de sociétés, donc, sans instance de contrôle et de surplomb et tel est bien le rôle que joue, bon an mal an, la puissance médiatique aujourd’hui.

L’opinion est devenue le principal enjeu des guerres actuelles, en fait des expéditions punitives du fort contre le faible. Dans une société qui tend à s’identifier aux victimes, émotionnellement du côté du faible, comment exercer impunément la suprématie de la force ? 

La gestion de ce problème émotionnel constitue la tâche prioritaire des gouvernements, comme on l’a vue dans la guerre d'Irak, de Syrie, les guerres israélo-palestiniennes, du Mali, d'Afghanistan, etc..., le rapport de force y était de mille à un ou bien davantage. Pour qui examinait le rapport des PNB ou des forces militaires, l’issue n’était pas douteuse. Ce qui était douteux, et méritait donc votre travail quotidien, c’était l’adhésion des cœurs et des esprits. L’enjeu n’était pas ce qui pouvait se passer sur le terrain, et que l’on savait par avance. Tant qu’on en restait au matraquage aérien, électronique et informatique, la guerre était moins une guerre qu’un jeu, un Kriegspiel où le seul problème est d’empêcher le décrochage intérieur, ce que les gouvernements font de mieux en mieux avec les clergés et perroquets nationaux. En Afghanistan, Irak, Ukraine, Kosovo, les choses se sont, somme toute, bien passées, même si leur gestion a exigé beaucoup de doigté. Beau programme, pour un médiologue : au cours de ces guerres, reconstituer pas à pas toute la chaîne des décisions, des opérations, la coordination entre le temporel et le spirituel.

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