mercredi 15 août 2012

Intelligence des crises et crise des intelligences en Afrique francophone


  1. Pourquoi 
ne
 posons nous 
pas 
de 
meilleures
 questions face aux crises que traversent l’Afrique francophone ?
  2. S’il
 est
 si
 important
 de
 poser
 de
 bonnes
 questions,
 pourquoi
 la
 plupart
 d’entre
 nous
 ne 
consacrent‐ils
 pas 
plus
 de 
temps 
et 
d’énergie 
à 
en 
trouver  
et 
à 
les 
formuler ?
 
LA QUESTION

Cela 
tient peut‐être 
au 
fait 
que, 
dans 
une 
large 
mesure, 
les cultures africaines accordent plus
 d’importance
 à
 la
 « bonne
 réponse »
 qu’ à
 la
 « bonne
 question ».
 Nous nous exaltons bêtement face aux bonnes réponses importées (l’esclavagiste, le colon, l’impérialiste…) qui jonchent l’enfer de nos quotidiens, sans se poser la moindre QUESTION. J’en veux pour preuve notre héritage colonial. Dans les pays d’Afrique francophone, le système éducatif, de santé,  judiciaire, universitaire, administratif, la fonction publique, de défense  toujours en vigueur depuis 52 ans, malgré quelques amendements, reste et demeure français. 
Ces systèmes mettent
 plus 
l’accent
 sur 
la 
mémorisation, la hiérarchisation 
et 
sur
 les 
réponses 
toutes 
faites que 
sur l’art
de  
la 
recherche 
de 
possibilités
 nouvelles, génératrice de nouvelles réalités, donc de solutions adaptées.

Il
 est 
rare 
qu’on 
demande
 de
  trouver
 des
 questions qui 
nous 
forcent
 à
 réfléchir
 et
 nous 
nous 
REFUSONS 
d’ailleurs de génération à génération de nous
 poser
 de
 telles
 questions. Un démographe me disait au cours d’un échange, qu’il y a un mécanisme d’extinction démographique dans l’espèce humaine selon lequel un système d’idées disparait avec la génération qui le porte. Si « une question qui n’est pas posée est une porte qui demeure close » renchérit…Marilee GOLDBERG, dans son livre The art of the questions, le constat est que nos systèmes d’idées de génération à génération maintiennent les portes closes du progrès, de l’épanouissement COLLECTIF, de l’intelligence sociale…faute de QUESTIONS.

C’est la marque évidente d’une intelligence africaine en crise profonde
Au 
moment 
où 
nous
 entrons 
dans
 une 
ère 
où 
des 
problèmes 
systémiques 
sont
souvent la 
source
 de
 défis
 critiques
 à
 relever,
 où
 il
 est
 indispensable
 de
 s’appuyer
 sur
 des
 perspectives
 diverses
 pour 
trouver 
des
 solutions 
durables,
 et
 où les 
liens 
de 
cause 
à
 effet  
ne 
sont 
pas 
immédiatement 
apparents, il
 faudra
 être
 capable
 de
 soulever
 des
 questions
 précises
 qui
 remettent
 en
 question
 les
 hypothèses
 de 
fonctionnement 
actuel (souvent héritées, proposées ou carrément imposées par l’Autre),
car 
ce
 sera 
la 
clé 
de 
la 
création 
d’avenirs
 positifs pour nos enfants.

Comme 
le
 disait
 Einstein, 
« Nos
 problèmes
 ne 
peuvent
 être 
résolus 
au 
même
niveau
 de 
réflexion
 qu’à 
celui 
qui 
les 
a  
créés. » Et
 dans 
son 
livre,
The
 Art
 of
 the
 Question, 
Marilee
 Goldberg
 ajoute,
 [traduction]
 « Il
 y
 a
 changement
 de
 paradigme 
lorsqu’une
 question
 posée
 dans
 le
 contexte
 du
 paradigme
 actuel
 ne
 peut
 trouver
 de
 réponse
 qu’en 
dehors
 de
 celui‐ci. »
 C’est
 le
 genre
 de 
mutation
 des
 valeurs,
 fondé
 sur
 des
 questions
 efficaces,
 qui
 est 
peut‐être 
nécessaire
pour  
trouver
 des
 solutions 
vraiment 
novatrices 
à 
nos 
problèmes 
les 
plus
pressants, disons mieux, aux catastrophes programmées et à venir si rien ne change dans une vingtaine d’années.

La
 répugnance
 de nos cultures
 à 
poser 
des
 questions 
originales 
est 
liée
 à 
notre
 prédilection 
pour  la  culture de l’immédiateté (TOUT : tout de suite, peu importe la forme), c’est-à-dire les
 solutions
 rapides.
 Sans oublier 
notre
 faiblesse
 pour
 tout
 ce
 qui 
est
 tranché,
 blanc
 ou
 noir. On se 
limite 
à
 un
 choix
entre
 deux
 solutions.
 En
 outre,
 la
 lenteur  de
 notre
 rythme
 de
 vie
 et
 d’exécution
 des interactions complexes ne
 nous
 donnent
 pas
 souvent
 l’occasion
 de
 participer
 à
 des
 conversations
 réfléchies
 ou pointues  au
 cours
 desquelles
 nous
 pouvons
 examiner 
les questions
 ayant 
un
 effet 
catalyseur 
et 
les
 options 
novatrices 
avant 
de prendre 
des 
décisions 
clés. Généralement l’expert blanc a pensé pour nous et à poser à notre place les mauvaises questions et il faut surtout lui faire confiance…heureusement chers internautes que cette espèce d’Africains est en voie de disparition mais, bon Dieu que les infériorités ont la vie dure !!!

C’est la meilleure expression d’une crise des intelligences mise à nue par la mondialisation
Or, le monde actuel est un boulevard d’opportunités de développement et de réussite truffé de puissantes mines anti démocratiques, et anti développement économique avec comme paravent ingérence humanitaire et depuis la Lybie économique, droits de l’homme... L’espace est restreint et tout le monde ne peut avoir les mêmes privilèges, c’est au plus intelligent de savoir tiré son épingle du jeu mondial. 

LA QUESTION : Que faire ?


 Pour 
les
 Etats de la Zone Franc, 
dans
 la 
période
 d’instabilité 
actuelle,
 encourager 
leur 
élite, leur citoyen, leur universitaire
 à 
se
 livrer
 à
 une
 sérieuse
 réflexion
 sur
 des
 questions
 complexes
 sans
 solutions
 faciles
 sera
 la
 clé
 de
 la
création
 de
 l’avenir
 que 
nous
 désirons,
 au 
lieu 
d’un
 avenir 
qui 
nous 
est imposé depuis le 15e siècle et va continuer à l’être si cet important effort n’est pas construit et alimenté à chaque instant.



Exemples : 
  • remplacer le français par une langue africaine. 
  • mettre en place un nouveau système politique qui ne soit ni démocratique, ni anti démocratique, 
  • proposer au monde une nouvelle idéologie politique conforme à notre vision du monde
La grande question de LA QUESTION en Afrique francophone
Il 
faudra
 que 
les acteurs politiques développent 
en interne, loin des courtisans de tout bord, la capacité
 de
 conception
 de
 « systèmes
 privilégiant
 la
 pose
 de
 questions » afin
 d’apprendre,
 d’adapter
 et
 de
 créer
 les
 nouvelles
 connaissances
 nécessaires
 pour
 tirer
 parti
 des 
possibilités
 et
 relever
 les
 défis
 que
 présenteront
 les
 structures
 organisationnelles
 plus
 fluides
 qu’exigent
 NOTRE avenir qui se complexifie chaque jour. 

Par
 exemple,
 les
 défis
 auxquels
 devront
 faire
 face
 les
 chefs d’Etat
 au
 cours
 des
 vingt prochaines 
années
 seront 
probablement 
liés 
à
 :
  • l’art 
de 
mobiliser 
et 
de
 dynamiser 
les 
réseaux politiques et économiques interne et externe;

  • la maîtrise de la diplomatie africaine de connivence d’intérêts, 
  • la défense du territoire nationale, la gestion et la communication de crises (les cas de la Côte d’Ivoire et de la Libye pour un observateur avertit est une mine d’enseignements), 
  • être une force de propositions pour la refonte des organismes mondiaux, 
  • développement des compétences dans les métiers de souveraineté (audit, conseil, management, expertise pointue…)
  • la question de la monnaie nationale ou régionale
  • la définition des périmètres stratégiques des intérêts des Etats d’Afrique francophone 
  • la contribution groupée dans la reformulation du système financier mondial, 
  • comment faire échec aux accords de partenariat économique (véritable esclavage économique), 
  • la lutte contre les sept faims des peuples d’Afrique francophone, 
  • comment solutionner les thématiques sociales des peuples de manière endogène, par palier et en interaction avec les autres pays de la sous-région, 
  • comment penser le désordre dans chaque pays (opposition),  etc… 
Il
 ne 
s’agira 
plus 
de 
se 
contenter
 de
 gérer
 des 
Etats avec un pouvoir fort (une étroitesse de vue politique et d’esprit à mon sens)  comme 
le
 font nos ainés, pères ou frères. Les
 leaders
 qui
 connaîtront
 le 
succès
 seront
 ceux
 qui
 considèrent que
 les
 peuples  constituent
 des
 réseaux
 vivants
 de 
conversations
 et
 de
 recherche
 collective
 d’une
 signification
 permettant
 de
 créer
 de 
nouvelles
 connaissances
 et
 d’ouvrir
 la
 porte
 d’un avenir en construction. 
Or l’avenir n’est plus demain pour nous, mais là devant nous, nauséabond et brumeux. 
Nos chefs d’Etat 
minorent une chose, ils ne sont pas à la tête d’un Etat que pour régler 
et gérer les urgences que les désordres ambiants (mentaux, économiques, sécuritaires, financiers, sociaux, sexuels, spirituels…) génèrent, mais surtout pour
 favoriser
 une
 réflexion
 constructive créateur de boulevards d’opportunités aujourd’hui et demain dans le cadre de leur programme politique.

Comment 
En commençant par faire émerger ou soulever
 des
 questions
 stratégiques.
 

En Afrique francophone une question fait peur, intrigue, met mal à l’aise, rend suspect, t’érige bêtement en opposant. L’exercice le plus commun à tous les leaders consistent développer une énergie hors du commun visant à empêcher LA QUESTION, à contrôler la question, à taire la question, à tuer la question, le silence est le signe d’une bonne intégration. Les silencieux donc les invisibles, les imbéciles, les poids morts, les spécialistes du ventre ont le bénéfice de la durée. 

Combien
 de
 chefs d’Etat
 aujourd’hui
, savent
 comment 
structurer 
des
questions 
stratégiques
 qui
 ouvrent 
la 
porte 
à 
une 
réflexion 
sur 
les
possibilités  plutôt
 que 
sur
 la 
résolution 
de  
problèmes ?



Tous se sont spécialisés dans la gestion des urgences à géométrie variable. L’Etat reste gestionnaire dans ce cas, aveugle le plus souvent possible, incapable par hérédité  et myope sur les grandes questions stratégiques, en retard dans les rendez-vous du donner et du recevoir mondiaux. 
Or le peuple qui veut le changement maintenant exige et attend un ETAT STRATÈGE, c’est-à-dire volontaire, compétent, visionnaire, anticipatif, sachant gérer et communiquer en situation de crise,  et non mentir de manière éhontée.

Combien
 d’entre
 eux
 n’ont 
pas
 peur
 de 
ne 
pas
 savoir 
quelque 
chose
 et
savent adopter une
 attitude
 constructive
 pour
 aider
 les
 autres
 à
 faire
 valoir
 leurs
 connaissances collectives ?


Le propre des peuples colonisés est souvent de manquer de confiance en eux, d’avoir peur de tout à cela s’ajoute la confusion d’identité et une stratégie de prise de parole et de positionnement souvent hasardeuse, pour combler ces lacunes, les leaders issus de ces peuples mettent en place des services de renseignements omniprésent tueurs de LA QUESTION ou un « système de sécurité » avec pour seul objectif : taire LA QUESTION. 

Combien
 de 
leaders 
politiques sont
 capables 
de 
mobiliser 
leurs 
cadres de manière objective afin 
de
  dégager
 les 
«grandes 
questions»
 qui
 sous‐tendent 
l’avenir 
de 
leurs
 organisations ?
 
En Afrique francophone, les leaders
 doivent
 devenir
 des
 « connecteurs »
 entre 
les
 personnes 
et 
les 
idées.
 Taire la question, dissoudre la vraie opposition ou les courants dans un parti, créée une vraie crise d'intelligence dans la compétition politique car, la diversité 
des
 voix 
et 
l'expression 
de 
points
 de
 vue
nouveaux,
sans 
la 
restriction 
imposée
 par 
les 
frontières 
classiques 
de 
la
 dictature, de la fonction,
de 
la 
hiérarchie,
de 
la
 discipline du parti,
de
 la
technologie,
de 
la 
permanence 
et 
du 
lieu
 géographique 
jouent 
un 
rôle
 de 
plus
en 
plus
 important
 dans 
l'établissement
 de 
la 
stratégie 
d'une 
société globale et locale.
 Comme 
Gary 
Hamel 
de 
la London
 School
 of 
Economics 
l’a
 fait remarquer,
« Établir
 une
 stratégie 
exige 
la
 création
 d’un
 réseau
 riche
 et
complexe 
de
 conversations
 permettant de 
rapprocher
 des foyers
 de
 connaissance
 isolés
 jusque‐là
 et
 de
 créer
 des
 combinaisons
 nouvelles
 et
inattendues
d’idées. »


Dans 
un 
environnement
 instable
 et 
incertain, 
une
 des 
mesures 
les 
plus
importantes 
qu’un
 leader
 puisse
 prendre
 est
 d’aider
 son
 organisation
 à
 dégager
 les
 bonnes
 questions
 au
 bon
 moment.
 Une
 de 
leurs 
principales 
responsabilités
 consiste
 à
 créer 
des 
infrastructures 
de 
dialogue 
et  
de 
participation
 qui 
encouragent
 les
 autres,
 à
 tous
 les
 niveaux,
 à
 élaborer
 des
 questions
 pertinentes
 et
 à
 rechercher
 des 
démarches
 novatrices.
 Il
 est
 aussi
 indispensable
 que
 les
 leaders
 envisagent
 de
 créer
 des
 systèmes
 de
 récompenses
 qui
 encouragent
 les
 membres
 de
 l’organisation
 à
 sortir
 du
 cadre
 des
 frontières 
organisationnelles
 pour 
découvrir 
le 
type
 de
 questions 
incisives
 qui
 créent 
un 
objectif 
commun 
et 
des
 connaissances 
nouvelles.

Penser à organiser
 et
 animer
 des
 conversations
 animées
Un
 des
 principaux aspects
 des
 nouvelles
 tâches
 du
 leader
 est
 la
 création
 de
 multiples
 possibilités
 de
 conversations
 portant
 sur
 des
 questions 
difficiles 
à
 résoudre.
 Cependant, 
il 
est
 peu
 probable
 qu’une
 conversation
 saine
 et
 franche
puisse 
avoir 
lieu
 dans
 un 
climat
 de 
crainte, 
de 
méfiance, de corruptions 
et 
de
contrôle 
hiérarchique ou policier. 
Lorsque 
l’esprit
 et 
le
 cœur 
sont 
totalement 
investis 
dans 
ce
 genre 
de 
conversation 
et
 dans 
l’atteinte
 de
 questions
 de 
base, 
de 
nouvelles 
connaissances 
commencent 
souvent 
à
 prendre
 forme.


Être 
capable 
de
 faciliter 
des
 conversations
 dans 
le 
cadre qui
 renforcent
 la
 confiance
 et
 atténuent
 les
 craintes
 est donc
 une
 compétence importante
 pour
 un 
leader


Entre 
notre 
profond
 attachement
 à
 la
 réponse,
 n’importe 
laquelle et 
notre 
crainte
  de 
ne 
pas
 savoir,
 nous
 avons
 involontairement
 freiné
 notre
 capacité
 collective
 de
 créativité
 profonde
 et 
d’expression
 de
 perspectives
 nouvelles.
 Malheureusement,
 étant
 donné
 les
 défis
 sans
 précédent
 auxquels 
nous peuples d’Afrique francophone, sommes 
confrontés 
dans 
nos
 sociétés, 
nous
 avons
 aujourd’hui
 plus
 que jamais
 besoin 
de
 ce
 genre 
de 
compétence. 
Il est temps d’accorder 
une 
grande 
valeur 
aux 
questions qui ouvrent « nos portes fermées «, car une question non posée est une porte fermée sur l’avenir. Un
 système 
vivant 
évolue
 en 
acquérant
 une 
identité
 cohérente, 
en
établissant
 des 
connexions
 au
 sein
 de
 réseaux
 complexes
 de
 rapports
 et
 en
 assurant
 une
 large
 diffusion
 de
 l’information
 dans 
l’ensemble 
de 
l’organisation.
 De 
la
 même 
manière, 
les
 systèmes 
humains
 évoluent 
naturellement 
dans 
le
 sens
 des
 QUESTIONS
 qu’ils
 soulèvent.
 
Il
 incombe
 à
 chacun
 de
 bien
 voir
 la
 manière
 dont
 l’art
 et 
l’architecture
 des 
questions
 efficaces 
peut 
aider 
NOS
 ORGANISATIONS
 à
 déterminer 
la
 voie 
qu’elles
 suivront
 à 
l’avenir,
 et
 d’utiliser des
 processus,
 des
 outils 
et 
des 
technologies
 qui
 appuient 
cette
 évolution.
 C’est 
en
 effet 
la 
seule
 façon
 pour
 les
 organisations
 de 
pouvoir 
cultiver 
à
 la
 fois 
les 
connaissances 
requises
 pour 
assurer
 son
 succès
 politique, économique
 immédiat
 et
 la
 sagesse
 dont
 elle
 a
 besoin
 pour
 s’assurer
 un
 avenir 
durable.
Avant de se quitter pour la semaine prochaine, moi j’ai une grande question qui me préoccupe et m’empêche souvent de dormir. 

Face à la complexification croissante des économies mondiales, de la finance, des technologies et aux excès de la « diplomatie de connivence  » dans la diplomatie mondiale, pourquoi une gestion aussi malhabile de l’intelligence des crises en Afrique francophone ?



Par Patrice PASSY 
Directeur général de M.I.Q Conseil
Conseil en Intelligence Economique et Communication d’influence
Ancien conseiller de Premier Ministre



vendredi 3 août 2012

Travailler en Afrique francophone : les Sept lois source de tensions interculturelles dans l’entreprise en Afrique francophone


Gestion des problématiques interculturelles


Avertissement : Comme le temps et l’espace ne permettent pas de traiter cette question de manière exhaustive dans cet espace public, qui est mon blog. J’ai volontairement choisi un angle d’analyse que fait ressortir la tendance lourde des grands groupes [1] à savoir : investir et s’implanter en Afrique francophone. L’Afrique économique en ces temps de crise en Europe ne cesse de prendre, dans les stratégies des entreprises françaises de conquête des marchés des pays de la zone franc (Benin, Congo-Brazzaville, Cameroun, Côte d’Ivoire, Gabon, Togo, Sénégal, RD-Congo), un intérêt inégalé depuis les indépendances des années 60. Cela nous amène à parler de certaines situations induites par les cultures locales, mais aussi de l’impact des « constances socioculturelles » dans ces pays sur l’entreprise ou dans la conduite d’un projet. 

Cependant, il est déconseillé de faire des amalgames, ni de valider vos préjugés sur « les Africains » encore moins de développer des raccourcis. Comme partout sur terre, les bonnes pratiques existent, les réussites sont légions, les aspects culturels positifs sont à n’en point douter évident et bien établis. Nous parlerons des aspects culturels positifs dans notre prochaine livraison. 

De quoi vais-je vous parler ?

Sujet : Vivre et travailler en Afrique francophone : les Sept lois source de tensions interculturelles dans l’entreprise en Afrique francophone

Patrice PASSY 
Formateur en gestion des problématiques Interculturelles (ISEAM - DGC)

Embouteillage monstre dans les avenues et rues des grandes villes africaines, cas sociaux du matin à régler avant le départ : la femme de ménage en retard, manque d’électricité pour le repassage du matin, enfant en retard pour le départ, manque d’eau pour la toilette du matin, clés égarées, voiture en panne... Des situations catastrophes que l’on attribue souvent aux forces maléfiques qui ne veulent pas du bien aux cadres africains, mais rarement d’une gestion malhabile de son temps, de son organisation, de ses priorités, de son budget ou l’absence d’une vision conquérante de son bonheur. Une chaine de situations qui arrivent souvent aux cadres africains avec un impact sur la productivité, le rendement et la compétitivité dans l’entreprise. 

Tout comme les 7 lois que nous vous proposons de bien prendre en compte pour mener à bout votre mission en contexte interculturel, en l’espèce : travailler en Afrique francophone. 

Ce sont les panneaux d’indications interculturelles sur la route de votre succès professionnel qui intéressent aussi bien les cadres locaux, les afro-français en impatriation (back to the root), les français en expatriation pour mieux gérer son temps, son énergie et son équipe, atteindre ses objectifs commerciaux, stratégiques et faire face aux spécificités socioculturelles locales. 

1. Loi des ancêtres : l’emmerdement au quotidien

Vous êtes chef de projet, chef de mission, négociateur, nouveau directeur, responsable d’ONG, entrepreneur, chef d’entreprise en prospection... ! Dans la conduite d’un projet en Afrique francophone, rien ne se passe jamais comme vous l’aviez prévu. Pour des raisons structurelle, organisationnelle, administrative, juridique, ou humaine, sachez que le pépin arrive toujours quand il ne faut pas et où il ne faut pas. 

A l’origine souvent une inorganisation dans la gestion des priorités, la centralisation du pouvoir, la gestion malhabile des contraintes, l’inexécution ou l’inobservation des procédures, la confiscation de l’information (l’information est un enjeu du pouvoir), manque de discipline, les rendez-vous non respectés, la réunionite aigüe (la récurrence des réunions dans un département trahit souvent un dysfonctionnement au niveau de la circulation de l'information ascendante et descendante dans l'entreprise), la lenteur dans les prises de décision, les négociations sans conclusion, les mercenaires de l’entreprise, l’identification à la fonction au détriment de l’efficacité opérationnelle… Le cocktail est prêt pour dérégler toute conduite de projet, pour saper toute efficacité opérationnelle et mettre vos nerfs et votre bonne volonté à rude épreuve. 

En cause  

La vie en société ne peut exister que si elle obéit à des principes et à des valeurs inviolables. Or pour certains cadres africains, il existe des valeurs héritées des ancêtres et qui constituent des cadres de références et des filtres qui conditionnent telles ou telles actions. Les références systématiques des cadres africains au passé créent de tensions profondes ou artificielles face à toute forme d’innovation, de changement, de créativité au point de bloquer l’avancement des projets non conformes à la somme des intérêts individuels à gérer. 

C’est pourquoi le cadre développe bien souvent une aptitude à reproduire, la reproduction du système existant étant la meilleure garantie d’intégration harmonieuse dans le groupe (des cadres, des agents de maîtrise ou des ouvriers). Or vous, vous avez des objectifs commerciaux et stratégiques de la haute direction qui laissent peu de place à la gestion de ce QUOTIDIEN. 

Que faire ?

Solutions

Se plaindre comme d’habitude au sujet des cadres locaux et des effets des particularismes locaux sur la gestion de l'entreprise ou de projet est une stupidité bien française, le relativisme ambiant fait, qu’à la limite, on se moque de vous dès que vous avez le dos tourné,  au pire on ne vous écoute plus (la rupture de la communication ou votre difficulté à communiquer avec les cadres locaux, votre incapacité à gérer les situations particulières, le manque de compétence interculturelle [2], votre côté psychorigide, vous fait courir le risque d’être mal apprécié des deux côtés : global et local). 

Mieux vaut chercher à anticiper les situations conflictuelles, que j’imagine, vous aviez pris le soin en arrivant de cartographier, de répertorier, ainsi que !es comportements, activités, de non qualité et de non rendement. Je vous recommande de réfléchir et d’agir localement à comment les réduire.

La meilleure des préventions est la formation continue, l’instauration des points infos (soyez créatif et opportuniste). En Afrique est bon chef, celui qui a une écoute active, qui prend le temps de voir, d’entendre et d’être là, de briller par l’exemple et sait sanctionner. Soyez pédagogue et manager par objectif et par la qualité. Mais n’oubliez pas que les priorités personnelles des cadres ne sont pas les mêmes que celles de l’entreprise (la culture d’entreprise n’est pas la même). Or ce sont elles qui priment. 

Mettre en place un système d’intéressement adapté  et innovant ainsi que des rendez-vous par objectifs comme méthode participative d’évaluation permettent de mobiliser autour des objectifs de l’entreprise.

2. La gestion souple du temps : la loi du temps qui s'étire à l'infini

Définition : " Comme le gaz, le temps se dilate jusqu'à occuper la totalité de l'espace disponible ".

En Afrique francophone, le cadre francophone est confronté à un obstacle majeur qui impacte lourdement toute son organisation :
  1. La place trop importante de la mémoire, à cause du recours permanent au passé. Or, la mémoire ne fait que gérer ce qui est connu, le déjà fini, le déjà fait, le déjà dit, mais elle n’invente pas. Application dans l’entreprise : vive résistance au changement, à l’innovation.
  2. Le fractionnement du temps en des grandeurs trop importantes : le matin ; l’après-midi, la nuit, demain, après-demain, etc. Le cadre africain va toujours donner l’impression d’avoir du temps pour lui. Vous connaissez certainement le vieil adage qui dit «le blanc à la montre, nous, nous avons le temps. » Si pour vous le temps c’est de l’argent et que votre partenaire ou cadre local pense que  la gestion du temps est souple et sans valeur réelle formalisée, vos principaux problèmes vont consister à gérer les urgences, à développer des mécanismes ou des procédures contraignantes, à mettre en place une programmation rigoureuse. A défaut, face à l'ampleur des dégâts, il n'est pas rare d'entendre « ce n’est pas grave », un groupe de mots qui va certainement avoir le don de vous faire virer du rose clair au rouge vif. 
Que faire ?

Lorsqu’on ne se fixe pas de butée horaire ou calendaire dans la réalisation d’une tâche ou la prise d’une décision, celles-ci s’éternisent : bornez votre temps et celui des autres, et raisonnez en termes d’objectifs et non pas de tâches à réaliser. 

Exemples : faites préciser le délai, lorsqu'on vous dit « c’est ASAP » (aussitôt que possible) ; fixez à 20 minutes la durée de la réunion, une réunion peut durer une demi-journée et si elle a lieu hors de l’entreprise, le cadre risque de rentrer chez lui après la réunion. Pour le reste « on verra bien » ou « ce n’est pas grave ».

3. La loi de la royauté qui crée le Roi

Bien que votre nomination ait été décidée par le siège, sachez que le chef est toujours choisi par les "gens habilités" du coin. En clair pour  que le fonctionnement optimal de votre leadership produise ses effets, il vous faut fédérer autour de votre personne, de votre style de management et de votre autorité de compétence. 

Lors de votre présentation et les premières semaines qui suivent votre nomination voici vos éléments principaux qui feront l’objet d’une attention particulière de la part de vos collaborateurs et subordonnés : 
  1. vos capacités professionnelles et intellectuelles (la qualité française va être attendue et la différenciation managériale très appréciée…)
  2. votre compétence interculturelle 
  3. votre résilience face aux situations critiques 
  4. votre générosité (l’intelligence dans la gestion des cas sociaux, sera mise à rude épreuve dès votre installation) 
  5. votre capacité de négociation (la réponse oui n’est jamais une garantie, le non n’est jamais un refus, il faut savoir épouser les courbes du contexte, des enjeux et de la culture)
  6. votre lecture des enjeux et des intérêts locaux et la capacité de gestion des complexités
  7. votre hospitalité (sens de l’accueil, réception, disponibilité, écoute active, ouverture d’esprit, empathie, sensibilité interculturelle, votre capacité à gérer les incertitudes, l’ouverture aux autres)
  8. la place accordée aux anciens dans votre processus décisionnel
Problèmes : L’imperfection des moyens et la confusion des buts semblent caractériser le travail des cadres français ou afro-français en Afrique francophone.
4 – La gestion souple de l’espace

Les multinationales[4], ainsi que les grandes PME françaises en Afrique francophone, offrent  moins de repères aux cadres dans la gestion de l’espace dans l’entreprise, c’est-à-dire l’aménagement des bureaux, l’ameublement des intérieurs qui devraient constituer un point d’ancrage fort pour ceux qui y travaillent. En donnant corps à l’entreprise, à son image et à son identité, les espaces qu’elles doivent offrir devraient faire savoir qui nous sommes au sein de l’entité pour laquelle on travaille et cela participe fort bien au développement d’une culture d’appartenance. 

C’est la raison pour laquelle, dans leur exigence de flexibilité aux cadres, de rentabilité, les entreprises françaises doivent aussi veiller à ce que les espaces de travail puissent continuer à jouer leur rôle de « port d’attache » des salariés. Un double objectif que l’imperfection des moyens oblige à contourner avec les conséquences que j’ai sélectionnées pour vous.  

Gérer l’occupation de l’espace de travail se révèle complexe et coûteux. Equilibrer frais d’investissement, d’amortissement et charges  d’exploitation en cherchant à faire de cet investissement une ressource, nécessite l’instauration d’une bonne politique spatiale. L’espace de travail représente bien souvent le deuxième poste de dépenses des entreprises après la masse salariale. Rien d’étonnant qu’en Afrique francophone, ce soit le poste de dépenses sur lequel les entreprises françaises jouent le plus.

En Afrique francophone les multinationales [3] ont perdu l’exigence esthétique des lieux de travail, elles oublient toutes de nommer un Responsable Environnement de Travail (RET) spécifiquement en charge de développer une politique spatiale soucieuse des attentes des personnels d'entreprise (cadres, agents de maîtrise, employés)


Le lieu de travail est le deuxième lieu où les cadres  passent le plus de temps. Il est donc important de rendre ce lieu le plus propice au bien-être qui permettra au salarié de s’exprimer dans toute sa potentialité. De plus, soigner l’esthétique renvoie aux cadres le sentiment qu’« ils en valent la peine », c’est un moyen de les valoriser et de montrer qu’ils sont une ressource importante pour l’entreprise, ressource que l’on souhaite « entretenir et conserver ».

Problème : ces cadres ont appris dans les mêmes écoles françaises et suivi des stages dans les mêmes entreprises que vous et comprennent bien le sens de la différence de traitement esthétique entre la maison mère et l’entreprise locale.

Dans les choix qu’elles  font concernant ses espaces de travail, une entreprise comme TOTAL refuse tout bonnement de proposer les mêmes standards de bien-être et de confort aux cadres Congolais, Gabonais par exemple, BOLLORE n’est pas du tout en reste.  L’absence de bureau assigné est ainsi assez souvent mal vécue par le personnel. Il est en effet synonyme d’interchangeabilité des employés, voire d’étouffement de leur identité. Le lieu de travail évoque aussi pour les cadres l’idée de monotonie, de tristesse, de travail ordinaire et routinier, de paperasserie et d’encombrement mais aussi de stress, de contrainte horaire, de poids de la hiérarchie. Si le personnel n’apprécie pas son environnement de travail, et notamment s’il a l’impression que son entreprise ne  le considère pas, il y a risque de dysfonctionnements : absentéisme, démotivation, multiplication des arrêts maladie, agressivité au détriment de l’équipe, baisse de productivité et de créativité, stress, désengagement, défiance vis-à-vis de la Direction, opposition systématique aux changements… 

Je précise à cet égard que ces dysfonctionnements peuvent ne pas être visibles. Ils peuvent ne se révéler que sous forme de « signaux faibles », que la Direction et la supervision trop occupées par la rentabilité à 2 chiffres, ne décèlent pas toujours à temps, nuisant aussi discrètement que sérieusement à l’entreprise.  

Le désordre tant décrié est simplement l'ordre que NOUS ne cherchons pas.  Henri Bergson (La pensée et le mouvant)  

Dans une filiale française en Afrique francophone, ce qui m’étonne le plus, c’est le manque d’effort pour masquer les désagréments, or il existe aujourd’hui des systèmes de masquage sonore qui permettent de remédier aux sensations de bruit souvent observées dans les espaces ouverts ; ces systèmes permettent de lisser les bruits fatigants des équipements informatiques, téléphones, voix, et participent à l’amélioration significative de la confidentialité (en se mélangeant aux voix et signaux sonores, le masquage sonore permet que les paroles distantes ne puissent plus être identifiées clairement). Il en est de même pour la limitation des inconvénients liés aux odeurs.

Solutions :
  1. Élaborer, respecter et faire respecter une charte de vie conjointement avec les salariés permet de se mettre d’accord sur les attitudes à adopter et à bannir pour une meilleure « cohabitation », dans l’intérêt de tous. 
  2. Nommer un Responsable Environnement de Travail ou une personne spécifiquement en charge de développer une politique spatiale soucieuse des attentes de l’entreprise. Cette personne serait rattachée à la Direction des Ressources Humaines, mais travaillerait étroitement en lien avec les Services Généraux.
5. La loi de la dilution de l’individu dans le groupe

Quand on a vécu et travaillé dans une société marquée par un individualisme puissant qui devient la rationalité dominante de la société, on est généralement désarmé lorsqu’on arrive à 30 ou 40 ans dans une filiale en Afrique francophone où l’individu se dilue dans le groupe.

Dans l’entreprise africaine, deux directions souffrent beaucoup de cette loi, c’est la DRH et la DF. La tendance lourde, bien que des nuances soient utiles et nécessaires en Afrique francophone dans l’appréciation de ce fait socioculturel depuis le milieu des années 2000, est le recrutement fondé non pas  sur des critères d’efficacité et de rentabilité, mais de solidarité et de liens subjectifs avec les dirigeants. A la différence du « piston français » et du « réseautage à la française », il existe dans l’entreprise africaine le système d’interconnaissance communautaire. 

Même si l’efficacité, la compétence et la rentabilité peuvent être recherchée dans la mesure du possible, la lame de fond sera discrètement en rapport avec l’origine du et/ou des dirigeants.  En tant que cadre expatrié ou impatrié vous aurez à le subir ou en faire une douce expérience. Il s’agit pour vous de ne pas basculer dans la plainte bien française ou la critique facile, mais de comprendre, la complexité du système, le pourquoi du comment et surtout comment en tirer profit. 

Comment ?
                                                                                     
Au plan syndical aucun problème ne peut concerner le syndiqué, car il n’est pas impossible que certains litiges de manière discrète ou organisée vont ou doivent impliquer la médiation entre groupes d’influence, communautaire ou ethnique. Au niveau des sanctions disciplinaires en cas de faute lourde, même en cas de flagrant délit, il n’est pas rare de voir la responsabilité individuelle simplement niée, puisqu’il y a tendance à transférer au groupe la responsabilité. 

En cas de décès d’un membre du personnel, une mise à contribution des éléments du groupe est souvent recommandée et pour l’entreprise une prise en charge est vivement souhaitée et même attendue, que ça soit de manière formelle (procédure) ou informelle (aide de l’entreprise sur ordre du DG).

Les bonnes pratiques : la décision négociée (DN)

Dans une entreprise aux blocs constitués ou aux intérêts divergents, les groupes les plus cohérents dans leurs décisions sont aussi ceux dont les membres sont le plus opposés et en conflit entre eux. Plus les options individuelles sont variées, plus la confrontation est importante entre elles et plus la reformulation du problème peut devenir explicite. Et une fois la décision prise, elle est défendue par tous, comme leur propre position. 

Votre réflexion après analyse des éléments fournis par votre équipe doit porter sur :
  1. La nature des problèmes à résoudre
  2. Le type de solutions disponibles
  3. Le type d‘acteurs qui participent à la préparation de la décision
  4. Le type d‘acteurs qui appliquent la décision
  5. La division du travail en vigueur dans le processus décisionnel
  6. Les procédures qui gouvernent les tâches des uns et des autres
  7. Les circuits d’information disponibles
  8. La rigidité du contexte organisationnel à laquelle vous, en tant que décideur, êtes confrontée 
  9. L’ambiguïté des missions et des actions de l’entreprise 

Il vous revient de mettre en place un processus collectif de décision conjointe (un accord d’entreprise individuel, collectif avec le groupe qui va se traduire par un contrat + une règle). Loin de perdre le pilotage de votre organisation, vous responsabiliser de manière cohérente le personnel autour des objectifs de votre entreprise. Il va donc s’agir de faire de vos décisions négociées des processus décisionnels normatifs… 

Cela permet une concertation appropriée à des situations en pays réel que le droit légal (pays légal) ne peut initier

6 - La loi de la pluralité  des systèmes de médiation dans l’univers mental de l’Africain

Un fait socioculturel non négligeable est l’affectation dans l’entreprise à la fois aux hommes et aux choses, d’une certaine puissance de nuisance, de protection, de promotion, de succès (fétiches, totems, gris-gris, bâton magique, chapeau  magique, recours au marabout). Le recours à une variété  de médiateurs avec pouvoir de bienfaisance/malfaisance, c’est-à-dire la capacité de faire du bien mais aussi du mal, engendre l’irresponsabilité du cadre, car lorsqu’il se trouve en difficulté et ne s’en sort pas, on dira qu’il a reçu un mauvais sort, qu’il est maudit. 

En revanche, lorsqu’il réussit très bien en ayant, par exemple, construit sa richesse à la force du poignet ou du fait de sa compétence, on dira qu’il a dû recourir aux fétiches. Du coup l’intelligence, l’excellence et l’innovation ont souvent un caractère suspect. 

Celui dont l'esprit ne produit aucune pensée autonome et ne contient rien d'autre que ce qu'on y a déversé est pour ainsi dire "sans valeur ajoutée". Fonctionnellement, ce n'est qu'un "récipient", c’est-à-dire celui qui applique et non ne conçoit. 

Comment procéder pour faire de votre valeur ajoutée une force dynamisante et structurante ?

Faire un mix entre le management par objectif  avec des rendez-vous sur objectifs comme mode d’évaluation et le management par projet le tout dans un processus de décision négociée.

7 - Loi de Pareto : la loi de l'éparpillement inutile est une conséquence de la gestion souple du temps

Autant le cadre va arriver en retard à son poste, il n’est pas rare de le voir quitter tard son poste de travail, mais quel est son taux d’efficacité en allant au-delà des heures règlementaires de travail 

Définition : " L'essentiel prend 20% du temps et de l'espace, l'accessoire, 80%. "

Entre la réunionite aigüe, les longues conversations au téléphone, la gestion des cas sociaux (famille, amis, inhumations des membres du personnel), les visites amicales dans les bureaux, la recherche d’information qu’on ne retrouve pas faute d’organisation, des dossiers et documents qu’on a du mal à suivre à cause d’une gestion documentaire défaillante et gestion du courrier déficiente, l’accessoire prend souvent le dessus sur l’essentiel dans le déroulement, l’accomplissement des tâches et des activités dans les bureaux des cadres africains (c’est vrai aussi chez les français). 

La loi de l'éparpillement inutile est une autre loi fondamentale, qui s'applique à bien des domaines dans l’entreprise : 80% des effets sont produits par 20% des causes. Exemples : 80% du chiffre d'affaires est réalisé par 20% des clients, 80% des tâches sont traitées en 20% de temps... Ce coefficient multiplicateur est issu des bâtisseurs égyptiens de pyramides, qui ont calculé l'énergie minima pour soulever les gros blocs de pierre. Inutile de gaspiller ses forces. 

Mieux vaut se focaliser sur ce qui vaut la peine, ces 20% qui vont causer des dégâts ou booster l'activité. 

Solution 

  • Apprenez à élaguer votre arbre des priorités et à doser votre effort.

En guise de conclusion sur cette première partie

Restez ou devenez un innovant et intelligent permanent. Posez-vous toujours la question de savoir ce que VOUS pensez, en fonction de vos compétences et expériences et de ce que vous ressentez réellement. Tout en étant simultanément ouvert et tolérant vis à vis des autres visions ou perceptions.


[1] (Bouygues et Vinci (construction), CFAO (distribution spécialisée), Rougier (bois), Total (hydrocarbures) , Castel (bière), Dagris (coton), la Compagnie fruitière, Bolloré et CMA-CGM (logistique et transport), Veolia (eau), Accor (hôtellerie), Air France, BNP Paribas, Société générale (banque)...

[2] Qu’appelez-vous « compétence interculturelle » ?

Depuis quelques années, on essaie de comprendre ce qui fait que certains expatriés réussissent mieux leur séjour dans un pays étranger que d’autres et on s’est rendu compte que cela ne dépendait pas de leurs compétences techniques mais humaines. Depuis donc environ une quinzaine d’années on essaie de définir, de décrypter et de comprendre ce qui est une compétence interculturelle et quels sont ses composants. On a même des travaux sur un Coefficient Culturel (Q.C.). Moi, j’entends par compétence culturelle, la capacité d’un être humain d’empathie envers l’Autre, capacité d’écoute, de tolérance et aussi de survie dans une situation déstabilisante. Ainsi comme un polyglotte peut communiquer en plusieurs langues, la personne dotée d’une compétence interculturelle sait se communiquer en différentes cultures, sans pour autant trahir ses propres valeurs.

[3] Les fleurons de l'industrie minière française et le pétrolier Total tiennent leur place dans l’exploitation des matières premières stratégiques. Total réalise le tiers de sa production d’hydrocarbures en Afrique. Eramet produit au Gabon des alliages de manganèse pour la sidérurgie. Areva exploite le gisement nigérien d'Imouraren.  Technip, spécialisé dans l'ingénierie dans les secteurs pétrolier et pétrochimique, a pris des positions solides au Nigeria. Le groupe Bolloré et la CFAO, (filiale de PPR, anciennement Pinault- Printemps-Redoute), qui avaient choisi de rester en Afrique pendant les années de « vaches maigres », profitent à plein de la reprise. Bolloré – qui réalise 27 % de son chiffre d’affaires en Afrique en 2010 – a investi dans la logistique portuaire, le transit et le transport de marchandises, y compris chez les anglophones.

[4] Les parts de marché de la France en Afrique et au Sud Sahara

Les entreprises apprécient la taille du marché africain et l’amélioration des compétences de la main d’oeuvre locale. S’y ajoute pour les Français l’atout, non chiffrable mais sans doute très important, de la francisation de leurs ex-colonies : langue, habitudes de consommation, sociabilité commune formée progressivement. Même si la zone franc1 reçoit encore 85 % des investissements français en Afrique et que de gros efforts restent à faire pour sortir de l’ancien « pré carré », la part de marché de la France au Sud du Sahara s’élève à 8 % (contre 4 % au plan mondial) et dépasse les 15 % dans la zone CFA, ce qui n’est pas rien. Ainsi, malgré les difficultés de la reconversion, les entreprises françaises occupent bel et bien certains des secteurs les plus profitables des économies d’Afrique noire. ■ Jean Roch

vendredi 13 avril 2012

Quel est le classement de l’homo africanus dans l'inconscient collectif français en 2012 ? Quelle est sa place dans la culture populaire française en cette période électorale ?


INTELLIGENCE POLITIQUE ET INTELLIGENCE CULTURELLE

Par Patrice PASSY
Conseil en gestion des problématiques interculturelles
patrice.passy@hotmail.fr 
 
L'inconscient collectif est un concept de la psychologie analytique qui s'attache à désigner les fonctionnements humains liés à l'imaginaire et qui sont communs ou partagés quels que soient les époques et les lieux, et qui influencent et conditionnent les représentations individuelles et collectives. Selon le psychiatre suisse Carl Gustav Jung (1875–1961), créateur du concept, l'inconscient collectif constitue « une condition ou une base de la psyché en soi, condition omniprésente, immuable, identique à elle-même en tous lieux »
 
La classification : un effet du raisonnement à la française.
 
Le droit d’inventaire que nous forgeons est une exigence des peuples qui arrive à notre perception par sa propre lumière et indépendamment de ce que la machine française à idées nous oblige à dire, faire et croire. Le droit d’inventaire en l’occurrence, est un processus inscrit dans l’évolution des rapports franco-africains qui arrive à maturité. Le solde global de la relation franco-africaine est très positif pour la France et négatif pour l’Afrique et ce n’est pas un scoop. L’Etat de la compétitivité de la zone Franc nous informe que l’Afrique francophone est abonnée aux dernières places dans la compétitivité mondiale. Cela n’a rien d’étonnant car, dès 1958, notre Afrique avait un classement bien précis, une utilité bien définie, une nécessité bien circonscrite, un espace bien délimité. Entre la France et ses ex-colonies, la place des « noirs » dans les hautes sphères de l’Etat était toute désignée : Inexistante ou derrière la porte du savoir et de l’avenir.
Un soir, le Général tint ces propos à Jacques Foccart, alors Secrétaire général de l'Élysée et…bâtisseur des réseaux français en Afrique :
« Vous savez, cela suffit comme cela avec vos Nègres, vous me gagnez à la main : alors, on ne voit plus qu’eux. Il y a des Nègres à l’Élysée tous les jours, vous me les faites recevoir, vous me les faites inviter à déjeuner. Je suis entouré de Nègres ici (…) Cela fait très mauvais effet à l’extérieur. On ne voit que des Nègres tous les jours à l’Élysée. Et puis je vous assure que c’est sans intérêt. » 
 
Cette Afrique-là, ces gens-là comme on le dit avec mépris en France pour désigner le berceau de l’humanité, a été tout bonnement classée, divisée, tout bêtement étiquetée, et intelligemment normée selon les critères français qui définissaient le normal en toute chose.
 
En ce cinquantième anniversaire de la Ve République, cette classification comme un réactif dans un laboratoire, révèle ses nombreux dégâts sur les consciences collectives française et africaine, elle n’a plus lieu d’être et ne  convient plus à quiconque. De manière consciente, cette classification ouvrait dans plusieurs domaines, l’espace des choix de domination coloniale. Elle donnait libre cours aux modalités de la décolonisation. Classée (par les sciences et les sociétés savantes) puis normée (code noir, le code de l’indigénat, la zone franc…), la classification française de l’homme africain a permit aussi en amont l’orientation et le contrôle des assujettissements nécessaires à la civilisation des « peuples barbares ». 
Nous, africains, avons toujours été classés sauvages, certains philosophes comme Hegel et Voltaire ont véhiculé des idées reprises jusqu’au sommet de l’Etat en 2007. Le discours de Dakar est une allocution prononcée par le président de la République française, Nicolas Sarkozy, le 26 juillet 2007, à l'Université Cheikh-Anta-Diop de Dakar (Sénégal), devant des étudiants, des enseignants et des personnalités politiques.D'une durée de 50 minutes, le discours de Nicolas Sarkozy est rédigé par son conseiller Henri Guaino. Le président français déclare notamment que la colonisation fut une faute tout en estimant que le « drame de l'Afrique » vient du fait que « l'homme africain n'est pas assez entré dans l'Histoire. […] Le problème de l'Afrique, c'est qu'elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l'enfance. […] Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n'y a de place ni pour l'aventure humaine ni pour l'idée de progrès ».
 
Ernest Renan. "La nature a fait une race d'ouvriers. C'est la race chinoise d'une dextérité de main merveilleuse, sans presque aucun sentiment d'honneur; gouvernez-la avec justice en prélevant d'elle, pour le bienfait d'un tel gouvernement, un ample douaire au profit de la race conquérante, elle sera satisfaite; une race de travailleurs de la terre, c'est le nègre : soyez pour lui bon et humain, et tout sera dans l'ordre; une race de maîtres et de soldats, c'est la race européenne. Que chacun fasse ce pour quoi il est fait et tout ira bien[i]."
 
La classification française de l’Africain a permis d’épouser les arguments d’Hegel selon lesquels, ce continent n’avait pas développé la culture de la création. Cette lacune créait les conditions d’une inaptitude au développement harmonieux de l’être dans la mondialisation ainsi que de ses économies.
 
La classification : qu’est-ce que c’est en l’espèce ?
 
C’est un effet du raisonnement à la française. L’Afrique a été classée, mesurée, emmurée, déportée, saignée parce que son classement dans l’échelle des valeurs françaises l’avait permis. Elle a été définie, c'est-à-dire une étiquette mise sur le phénomène Afrique et les peuples africains, par voie de conséquence, pas une connaissance exacte du réel africain. 
En effet, cette classification reste au fond prisonnier du préjugé essentialiste, puisqu’elle, perpétue l’idée de la connaissance de notre réalité qui est entièrement dépendante du schéma culturel de pensée français et dont l’imaginaire a toujours été fidèle aux erreurs d’appréciation des explorateurs ainsi que des « amis d’Afrique ».
 
L’Afrique était dans leur esprit constituée de « meubles cessibles » en clair, les africains, des groupes de sous-hommes dont la valeur de la vie et de l’âme dépendait des négriers, d'un code spécial, des colons, et continue à dépendre des multinationales françaises. La preuve aujourd'hui un mort ivoirien, libyen, congolais, malien, tunisien, etc... n’a pas la même valeur qu’un mort français. Ce raisonnement décliné sous le drapeau tricolore de l’universelle affirmative  était nécessaire à la bonne conscience judéo-chrétienne pour prendre sans remords. Tuer sans en être responsable, déposséder sans jamais être le voleur, prendre la vie de l’Autre contre des pacotilles d'indépendance et de souveraineté.
Il est clairement établi que toute classification produit un effet sur les individus classifiés. Sur ce point, il est intéressant de noter que le simple fait de nous classer, puis normer, a beaucoup modifié l’africain, à ce jour de manière consciente et inconsciente, volontaire et involontaire nous étalons à chaque respiration l’étendue des éléments du drame africain… http://ppassy.blogspot.fr/2011/12/2012-le-drame-africain-le-da-la.html.
 
Ridiculisés avec et dans les zoos humains, vendus comme du bétail grâce au code Noir édicté sous Louis XV,  étiquetés par l’image et la parole, affaiblis par l'exploitation violente de l'homme par l'homme, les africains francophones ont toujours été évalués selon les critères français définissant le « normal » et le réel. A travers les époques, les africains et tout ce qui a un rapport avec eux ont été exclus de toute harmonie française. La norme française n'a jamais entendue la norme congolaise, camerounaise, tunisienne, etc...C'est même vexant d’insister sur ça. 
 
La classification française a été en ce sens le foyer de toute permissivité, elle a régenté toute l’esthétique de la violence française à notre égard. Classer, a donc servi à nous façonner, à façonner le regard du français, à distiller dans l’inconscient collectif et l’imaginaire français des préjugés, des clichés à la peau dure, des croyances, sans perdre de vue le mépris profond à la Stephen Smith aux effets dévastateurs hier, aujourd’hui et si l’on y prend pas garde, demain. Et pour la jeunesse africaine demain est devant nous, et ce  présent est notre horizon. 

Je le répète, les africains, selon cette classification seraient incapables de dépassement c’est à dire, de passer d’une culture de la répétition à la culture de la créativité, jusqu’au haut niveau de l’Etat, on l’a pensé, et dit à Dakar en 2007. Le fait même de nous classer nous a rendu amnésique au point de ne plus être capable de sortir de cette salle ce jour là...nous sommes devenus ainsi incapables de répondre aux quatre questions suivantes :        
  1. Qui sommes-nous et où allons-nous ?
  2. Que devons-nous faire ?
  3. C’est quoi le monde africain dans 30 ans pour nous ?
  4. Enfin comment s’organiser pour être et autour de quelle motivation ?
        Nous avons ainsi été déprogrammés de notre programmation historique de base. La classification a donc modifié l’homo-africanus changé sa vision du monde, dilué son énergie dans l’attentisme, décomposé ses valeurs, sa fierté, sa dignité. Elle a rendu paresseux l’africain, avec ses confusions identitaires, pour lui plus rien n’est urgent, fondamental.L’existence est rythmée des contingences devenues indépassables. 
 
       Principalement caractérisée par son aspect mortifère, les travaux forcés lors de la colonisation et les  razzias dans les villages pour soumettre, dominer, disloquer et briser toutes formes de résistances, la colonisation n’a pas transmis le goût du travail aux colonisés. La pénibilité du travail, le taux élevé de mortalité a laissé une image non motivante et valorisante du travail. Travailler a été assimilé depuis comme une corvée dangereuse. L’Africain travaille pour nourrir sa famille, nullement pour s’épanouir. Cela laisse des traces jusqu'à ce jour. Le colon interdisait la réflexion, les initiatives privés, tout devait être remonté vers le "Dieu blanc" et décidé par lui. Il pensait pour les colonisés, il était formellement interdit de réfléchir, de penser, d'être et de faire sans autorisation. Parler sa propre langue, valoriser sa propre culture est source d'humiliation et de sanctions sévères... Cela vous permet au final de choisir tout seul sa place et son classement par rapport à l'autre et cela perdure encore. Le colon était devenu par ses ruses et sa mauvaise foi, le borgne au pays des aveugles. L’école coloniale n’a fait qu’assurer le service minimum pour le maintien de ce classement, dans la maîtrise des connaissances et des savoirs. L’Eglise étant chargée de déraciner toute résistance intérieure. Les travaux forcés pour abrutir, dérégler par le choc violent des désorganisations. La brutalité de l’administration coloniale de faire régner la peur ainsi que la soumission. Tout cette chaîne mortifère a participé à la naissance d’un nouvel homo africanus. 
Cela a eu pour conséquences de générer de nouveaux comportements, créer de nouvelles sociétés et communautés (suite au partage de Berlin 1884-1885), développer de nouvelles possibilités de domination (colonisation) et par conséquent de meilleures conditions de soumission (décolonisation). Hier, aujourd’hui, la domination française par sa manière de délimiter l’Afrique et de limiter l’illimité africain a définit « son Afrique ». Cette Afrique est-elle devenue irréversible. En tout cas cette pièce Afrique roule encore, de quelle côté va-t-elle tomber ?

Rôle d'une classification dans l'inconscient collectif 
 
Cette Afrique francophone est à la fois la nôtre par défaut et pas la nôtre, faute d’une lecture commune des enjeux stratégiques, des connivences d’intérêts, d’idéaux, d’exemples et de mythes communs.
 
Classé a servi à exploiter, dominer, mentir, cacher, et exclure. Pour pénétrer nos terres, nos richesses et nos consciences, il fallait disposer d’un moyen fallacieux, insidieux de hiérarchisation des pouvoirs, des connaissances, des personnes, et des moyens cultuels. La politique raciste en vigueur dans les colonies françaises en est l’émanation et la suite logique. 
Nous sommes au cœur de la conséquence primaire et des conséquences secondaires du fait colonial. Dire que ce n’était pas le but c’est nous mentir ou se mentir à soi-même.  Dans les faits, l’intérêt réel fut clairement porté par le général DE GAULLE « Pour être grande, la France a besoin des pieds du colosse africain ». Nous découvrons en retour en 2007 que pour être la risée du monde, pauvre, sans le sou, il fallait avoir la France comme « mentor économique ».
Classés, normés, conditionnés, sélectionnés les africains n’a pas été un simple catalogue de faits et gestes, une description du noir ou un récit de voyage présenté dans les sociétés savantes de l’époque. Cette classification a évolué au gré de l’orientation imposée par les intérêts français, puis favorisé l’émergence des conditions de soumission qui ont permis de disposer des moyens d’assujettissement et d’aliénation. La suite est la création d’un desert qui a asséché notre pensée, tari nos sources de croyances et contribué à l’appauvrissement de nos intérieurs.
 
Aujourd’hui la question que je pose à la jeunesse africaine est la suivante :
Sommes-nous dépourvus de l’aléthéia  au point de ne pas pouvoir se dépasser, de ne pas briser les chaînes de notre finitude que les colonisations ont construites, organisées, et encadrées ?
 
A vos plumes…dans NOTRE GUERRE DES RETARDS, qui est la véritable guerre des jeunes diplômés…

 

[i] Ernest Renan. « La Réforme intellectuelle et morale ». Editions Complexe. 1900.




mercredi 11 avril 2012

En 2012 Le Congo-Brazzaville est cerné par de multiples risques…mais défend timidement ses intérêts stratégiques vitaux


COMPÉTITIVITÉ ECONOMIQUE ET PROTECTION DU PATRIMOINE NATIONAL DE L’ETAT (1)
Par Patrice PASSY
Conseil en Intelligence Economique

Le Congo voit croître sa richesse en même temps que se diffuse par l'image la médiocrité, et s'installe structurellement la misère. Ce paradoxe inacceptable a guidé ma réflexion. Est-il possible de corriger les effets de la mondialisation au Congo ? A condition d'inscrire la protection du patrimoine économique de l’Etat dans des politiques globales de compétitivité économique, de logement, de santé, d'emploi, d'éducation…
 
Question 
 
Souhaitons-nous rester client donc dépendante de la NOUVELLE ECONOMIE ou, créer les conditions d’une souveraineté, à défaut, d’un contrôle de notre dépendance ?
 
Nous savons tous actuellement que la mondialisation de l’économie engendre des défis aux entreprises congolaises mais également à l’Etat Congolais. La notion de guerre économique se conçoit dans le contexte congolais, comme un tissu d’affrontements économiques entre les multinationales qui sont les bras séculier des puissances économiques dans les rapports marchands mondiaux. et les intérêts du peuple Congolais. Car, si en cas de guerre les Etats ou les alliances d’Etats se font la guerre jusqu’à la victoire totale, les entreprises, quant à elles, peuvent être tout à la fois concurrentes et partenaires. 

Le Congo aiguise depuis la fin des années 90, l’appétit des majors pétroliers. Sa position géostratégique fait de lui  un pivot stratégique dans le Golfe de Guinée. L’arrivée de la Chine pays faisant partie du BRICS dans les rapports économique entre le Congo et le monde extérieur donne à la guerre économique qui se déroule dans le Golfe de Guinée, une intensité particulière au Congo-Brazzaville. Sauf que nous subissons cette guerre sans jamais la comprendre, ni disposer de la réflexion utile et des moyens pour la conduite de celle-ci. Cette guerre est bien réelle puisqu’elle a déjà causé beaucoup de mort et de troubles politiques et économiques partout où elle est sévie dans le monde.
 
Le Congo est donc au centre de la nouvelle géopolitique pétrolière et des stratégies de développement des majors. La cherté du baril brut et la nécessaire diversification des sources d’approvisionnement donne à Pointe-Noire,  une importance stratégique de premier ordre. Nous ne pouvons continuer à être les spectateurs de notre propre misère et malheur. Depuis les indépendances plusieurs politiques et stratégies ont été mises en place avec pour seul objectif final acquérir les matières premières congolaises au prix fixés par l’acheteur.
 
Comment cela a-t-il été possible ?

A nos malformations congénitales des suites d’une « œuvre de civilisation » à tâtons et d’une décolonisation bâclée, s’ajoute les handicaps institutionnels congolais que renforcent les handicaps culturels
Handicaps institutionnels

La myopie stratégique de l’Etat 
 
Il eût fallu d’abord que l’État construise une doctrine : qu’il identifie les intérêts économiques et scientifiques majeurs de notre pays puis qu’il mette en place les outils destinés à leur promotion et à leur défense. Nous n'avons pas développé ce qu'on appelle une culture stratégique dans tous les domaines de souveraineté de l'Etat en 52 ans d'indépendance, malgré nos diplômes.

Il eût fallu ensuite que les administrations publiques soient conduites, voire contraintes, à collaborer entre elles, que l’information circule de manière horizontale et non exclusivement de manière verticale. Que les cloisons en somme disparaissent, et que s’atténuent les rivalités et les jeux de « corps » et les tribus.

Les pouvoirs publics s’arrogent le monopole de la défense de l’intérêt général ; les entreprises dénoncent de leur côté l’incapacité de l’État à comprendre les réalités du marché et la psychologie de ses acteurs… Et méconnaissent ses atouts.

L’impulsion politique n'a jamais été une tendance lourde pour favoriser les convergences d’intérêts entre le secteur public et le secteur privé.

L’État n’a jamais défini ni les secteurs d’activités stratégiques en termes de souveraineté, d’emplois, d’influence –, ni nos besoins technologiques s’y rattachant, et n’a jamais évalué les forces et les faiblesses de la recherche et des industries congolaises dans les dits secteurs.

Handicaps culturels

Nos élites, issues de la fonction publique ou de l’entreprise, n’ont été formées que superficiellement aux transformations de notre environnement économique international.

Les décisions des pouvoirs publiques sont souvent aveugles, même quand elles sont stratégiques,  elles ne sont le fruit que d’une accumulation d’opportunités et d'opportunismes.
 
Rôle et enjeu de l'intelligence économique dans ce contexte
L’intelligence économique peut nous aider – État, entreprises, collectivités territoriales, associations et fondations – à promouvoir collectivement nos intérêts dans les nouvelles enceintes de régulation et de normalisation.L’intelligence économique ne coûte rien, ou pour ainsi dire, pas grand-chose : son efficacité repose sur celle des réseaux, des circuits de l’information, sur la mobilisation des pouvoirs publics, l’élimination des conflits de chapelle et des cloisonnements, sur un peu de méthode. Sur la valorisation aussi de celui qui donne l’information et non de celui qui la retient, sur la compréhension par les administrations publiques des enjeux de l’entreprise et, pour l’entreprise, des priorités de l’État et donc de la Nation. Bernard Cayron